Kinshasa : Déploiement des paiements pour les services environnementaux présenté aux acteurs environnementaux

Le processus de déploiement des paiements pour les services environnementaux (PSE) a été présenté aux organisations de la société civile environnementale lors d’un atelier organisé le 7 février 2026 à Kinshasa par le Groupe de Travail Climat–REDD+ Rénové (GTCRR). Cette initiative, soutenue par la Central African Forest Initiative (CAFI), vise à canaliser la finance climat vers les acteurs locaux pour la protection des forêts et la réduction de la pauvreté.

La rencontre, organisée le 7 février 2026 à Kinshasa, s’inscrit dans un moment charnière. Alors que la RDC continue d’être présentée comme l’un des derniers grands réservoirs forestiers tropicaux au monde, la question n’est plus seulement de préserver, mais de savoir comment financer durablement cette préservation sans reproduire les logiques d’exclusion qui ont longtemps marginalisé les acteurs locaux. C’est précisément sur ce terrain que les PSE entendent se positionner.

Selon Guy Kajemba, coordonnateur du GTCRR, l’atelier visait à présenter l’initiative PSE actuellement mise en œuvre en RDC avec l’appui de la Central African Forest Initiative (CAFI). Il a insisté sur la vocation du mécanisme à servir de canal transparent et évolutif pour orienter la finance climat vers les acteurs de terrain, tout en produisant des résultats croisés en matière de réduction de la pauvreté et de protection des forêts. Une promesse ambitieuse, à la mesure des attentes placées depuis plusieurs années dans les instruments financiers liés au climat.

Au-delà de la présentation conceptuelle, les échanges ont mis en lumière la volonté d’associer plus étroitement la société civile à l’analyse du cadre opérationnel des PSE. Méthodologie, dispositifs de suivi, questions foncières : autant de dimensions sensibles que le GTCRR souhaite voir examinées de manière critique, avec l’implication active des organisations nationales. D’après les organisateurs, cette mobilisation doit aussi permettre aux ONG congolaises de se positionner concrètement dans la mise en œuvre du mécanisme, notamment en tant qu’agrégateurs ou fournisseurs de services environnementaux sur le terrain.

Dans ses explications, Guy Kajemba est revenu sur la nature même des PSE, présentés comme des accords contractuels fondés sur la performance. Le principe est de rémunérer directement les acteurs ruraux qui adoptent des pratiques agricoles et forestières durables, sur la base de résultats mesurables et vérifiés. Une approche qui rompt, au moins sur le papier, avec les projets classiques souvent critiqués pour leur faible ancrage local et leur impact limité dans le temps.

À en croire certaines analyses partagées lors de l’atelier, ce choix n’est pas anodin. Sous le leadership de la RDC, les autorités de la région ont identifié les PSE comme une approche prioritaire pour le déploiement de la finance climat, précisément parce qu’elle permet d’articuler deux objectifs longtemps traités séparément : la préservation des forêts et la lutte contre la pauvreté. Dans un pays où les pressions sur les écosystèmes forestiers sont étroitement liées aux conditions de vie des populations rurales, cette convergence apparaît comme une nécessité plus que comme une option.

La session a également été présentée comme un espace de projection. Selon le coordonnateur du GTCRR, il s’agissait de montrer comment la société civile, à travers cette plateforme, pourrait accompagner concrètement l’opérationnalisation d’un mécanisme qualifié d’innovant, s’appuyant sur des outils technologiques avancés. L’ambition affichée est de faire des PSE un modèle productif, susceptible d’inspirer d’autres pays forestiers en quête de solutions efficaces pour diriger la finance climat vers ceux qui, au quotidien, assurent la garde des forêts : communautés locales et peuples autochtones.

Ce processus s’inscrit dans un cadre politique déjà balisé. En janvier 2025, la RDC a adopté une feuille de route nationale pour le déploiement des PSE, sous le leadership de la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle économie du climat, en partenariat stratégique avec la CAFI. Cette feuille de route, présentée comme sans précédent par ses promoteurs, entend aligner les PSE sur les priorités nationales, tout en évitant la dispersion des initiatives concurrentes.

À moyen et long terme, les implications dépassent largement le cercle des experts réunis à Kinshasa. Le programme national de PSE est appelé à contribuer à la mise en œuvre de deux initiatives présidentielles majeures : le « Couloir vert Kivu-Kinshasa » et « La forêt, c’est nous ». Deux slogans devenus des cadres politiques, dont la traduction concrète sur le terrain reste scrutée par de nombreux observateurs. Reste que, comme l’ont confié en marge de l’atelier certains acteurs du secteur, le succès des PSE dépendra moins de la sophistication des mécanismes que de leur capacité à transformer réellement les rapports entre finance climat, État et communautés. La rencontre de Kinshasa n’a pas levé toutes les interrogations, mais elle a confirmé une chose : le débat sur les PSE en RDC est entré dans une phase où la société civile entend peser, non plus en spectatrice, mais en actrice à part entière.

Par kilalopress

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