Vendredi 6 février, dans l’enceinte de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, une scène peu habituelle de la vie parlementaire s’est jouée loin des projecteurs politiques classiques. Quatorze gestionnaires de cimetières de la capitale ont été appelés à la barre de la Commission Environnement, Aménagement du territoire et Développement durable de l’APK, dans le cadre d’un exercice de contrôle dont les enjeux dépassent largement la simple conformité administrative.
À mesure que les auditions s’enchaînaient, un même fil conducteur s’est imposé : la place des sites funéraires dans un espace urbain saturé, soumis à de fortes pressions démographiques, foncières et environnementales. Les responsables des cimetières concernés ont été invités à produire une série de documents précis, parmi lesquels les études d’impact environnemental et social (EIES), les plans d’aménagement et les règlements intérieurs encadrant le fonctionnement de leurs sites. Autant de pièces censées attester que ces lieux, souvent relégués aux marges du débat urbain, respectent les normes en vigueur dans une métropole confrontée à des défis écologiques croissants.
Selon la commission parlementaire provinciale, cette démarche s’inscrit strictement dans sa mission de contrôle institutionnel. Mais, à y regarder de plus près, l’initiative révèle une préoccupation plus large : celle de la gestion durable des espaces funéraires dans une ville où l’étalement urbain grignote progressivement les zones autrefois périphériques. D’après des observateurs du secteur de l’aménagement, la question des cimetières touche à des problématiques sensibles, mêlant santé publique, protection des sols, gestion des eaux souterraines et cohabitation avec les quartiers d’habitation.
Les auditions ont ainsi permis de poser, sans toujours les formuler explicitement, des interrogations de fond. Comment prévenir les risques de pollution liés aux pratiques d’inhumation dans des zones déjà fragilisées sur le plan environnemental ? Quelles garanties offrent les gestionnaires quant à la planification à long terme de ces sites, dans une ville où l’urbanisation se fait souvent sans schéma directeur clair ? À en croire certaines analyses, l’absence ou l’insuffisance d’études d’impact environnemental peut, à terme, aggraver la dégradation des sols et compromettre la qualité des nappes phréatiques, avec des conséquences directes pour les populations riveraines.
Pour la Commission Environnement, Aménagement du territoire et Développement durable, l’enjeu est également politique au sens noble du terme : rappeler que même les espaces dédiés aux morts relèvent de règles collectives destinées à protéger les vivants. Des sources proches de l’APK confient que ces auditions pourraient déboucher sur des recommandations plus strictes, voire sur des mesures correctives à l’endroit des gestionnaires dont les dossiers se révéleraient incomplets ou non conformes.
En d’autres terme, cette initiative pourrait marquer un tournant dans la manière dont la ville de Kinshasa aborde la question des cimetières. Longtemps considérés comme de simples équipements urbains secondaires, ils apparaissent désormais comme des éléments à part entière de la politique environnementale provinciale. Estiment des acteurs du secteur que cette dynamique, si elle se poursuit, pourrait encourager une meilleure planification, renforcer l’obligation de transparence des gestionnaires et intégrer plus systématiquement les impératifs écologiques dans la gestion funéraire.
Dans une capitale où chaque parcelle de terre fait l’objet de convoitises, l’audition de ces quatorze gestionnaires rappelle une évidence souvent négligée : la gouvernance environnementale ne se limite pas aux forêts, aux rivières ou aux déchets, mais englobe aussi ces espaces silencieux où se joue, en creux, le rapport d’une ville à son territoire, à sa mémoire et à son avenir.
Par kilalopress