Haut-Katanga et Tshopo : spoliation des concessions de l’INERA à Kipopo et Yangambi, une commission de crise mise en place

Le gouvernement congolais a annoncé la création d’une commission interministérielle de crise pour faire face à la spoliation de plus de 700 hectares des concessions de l’INERA à Kipopo et à Yangambi. Selon le compte-rendu du Conseil du gouvernement, cette commission, coordonnée par la Primature, vise à suspendre les transactions foncières frauduleuses, protéger le patrimoine scientifique et engager des poursuites contre les personnes impliquées.

Au cœur de Kipopo et de Yangambi, deux sites emblématiques de la recherche agronomique congolaise, la tension est montée d’un cran au sommet de l’État. Face à la spoliation des concessions de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomique (INERA), le gouvernement a acté la mise en place d’une Commission interministérielle de crise, une décision entérinée à l’issue d’un Conseil du gouvernement. À l’initiative de cette démarche, la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, qui a sollicité et obtenu l’aval de l’exécutif pour une riposte coordonnée.

Selon le compte-rendu officiel, la commission sera placée sous la coordination de la Primature et associera plusieurs ministères régaliens, notamment la Défense, l’Intérieur, la Justice, les Mines, les Affaires foncières et l’Urbanisme. D’après les mêmes sources, il s’agit de répondre à une situation jugée critique, où des espaces dédiés à la recherche scientifique ont été progressivement grignotés, parfois transformés, au détriment d’essais agronomiques de long terme et d’un patrimoine scientifique accumulé sur plusieurs décennies.

Les missions assignées à cette commission traduisent l’ampleur des enjeux. Le gouvernement annonce la suspension immédiate de toute transaction foncière sur les sites concernés ainsi que l’annulation de plein droit de tous les certificats d’enregistrement émis frauduleusement. Il est également question, selon le compte-rendu, de notifier sans délai le déguerpissement des occupants et la démolition des constructions anarchiques érigées sur des parcelles expérimentales stratégiques. À ces mesures foncières s’ajoutent le bornage et la délimitation physique des concessions, un audit scientifique destiné à évaluer l’ampleur des dégâts causés aux essais chronologiques, ainsi que le déclenchement de poursuites administratives et judiciaires, y compris pénales, contre toutes les personnalités impliquées dans la spoliation et la destruction du patrimoine de l’INERA.

À en croire les éléments présentés au Conseil, la situation dépasse un simple contentieux foncier. Le patrimoine scientifique de l’INERA, décrit comme un pilier de la biodiversité nationale, serait aujourd’hui « en état de siège ». Le constat dressé évoque une spoliation massive de plus de 700 hectares illégalement soustraits sur chacun des sites de Kipopo et de Yangambi. Des sources concordantes font également état de violences et de tortures subies par des chercheurs et agents de l’INERA, attribuées à des « prédateurs » identifiés, un climat d’intimidation qui aurait fragilisé davantage le travail scientifique sur le terrain.

Toujours selon le compte-rendu du gouvernement, certaines ramifications de cette affaire toucheraient des cercles de pouvoir sensibles. L’implication de certains hauts gradés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la Police nationale est mentionnée, ces derniers étant soupçonnés de complicité. De tels soupçons, s’ils venaient à être confirmés par les enquêtes annoncées, poseraient avec acuité la question de la protection des biens publics scientifiques face aux intérêts privés et aux abus d’autorité.

Au-delà des chiffres et des procédures, l’enjeu est profondément territorial et environnemental. À Kipopo comme à Yangambi, les concessions de l’INERA ne sont pas de simples réserves foncières : elles constituent des laboratoires à ciel ouvert, où se croisent recherche agronomique, conservation de la biodiversité et sécurité alimentaire. Leur altération compromet non seulement des programmes scientifiques de long terme, mais aussi la capacité du pays à produire des connaissances adaptées à ses écosystèmes et à ses populations rurales. La commission interministérielle de crise est ainsi attendue sur sa capacité à traduire les annonces en actes concrets, dans un contexte où, estiment des observateurs, la crédibilité de l’action publique se joue aussi sur la sauvegarde de ces espaces stratégiques.

Par kilalopress

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