Kinshasa – Les conflits armés au Congo et au Soudan révèlent un point commun alarmant : l’exploitation des ressources naturelles alimente la violence et fragilise les sociétés locales, tout en enrichissant des marchés étrangers. Cette analyse croisée, présentée par deux associations engagées – Sudfa Media et Génération Lumière – éclaire les logiques transnationales de l’extractivisme et leurs impacts humains et environnementaux.
Au Soudan, la guerre qui a éclaté en avril 2023 n’est pas simplement une lutte entre factions locales. Selon Hamad, militant de Sudfa, ce conflit est profondément lié à l’histoire coloniale et aux intérêts géopolitiques internationaux. La division de la population par le régime britannique a créé des fractures durables, qui continuent de nourrir des violences interethniques et des déplacements massifs. Aujourd’hui, près de la moitié de la population soudanaise est déplacée, 90 % souffrent de la faim et 15 millions d’enfants sont privés d’école. Derrière ce désastre humain se cachent des puissances étrangères qui cherchent à sécuriser l’accès au pétrole, à l’or et aux terres agricoles, profitant des conflits pour imposer leur influence. Les Émirats arabes unis, l’Égypte, la Russie et d’autres acteurs internationaux financent et arment des milices pour contrôler ces ressources stratégiques, transformant le pays en théâtre de guerres par procuration.
Au Congo, le scénario est légèrement différent mais tout aussi préoccupant. Comme l’explique Jordi de Génération Lumière, les conflits à l’est du pays sont étroitement liés à l’extractivisme minier. Le boom du coltan dans les années 1990 – un minerai essentiel aux composants électroniques – a transformé la région en un centre stratégique pour les marchés internationaux. Les groupes armés, souvent soutenus par des États voisins comme le Rwanda et l’Ouganda, se sont emparés des mines pour alimenter le marché mondial, dans un contexte où la population locale reste exclue et où les zones minières sont militarisées. Cette dynamique a contribué à la seconde guerre du Congo, surnommée la « première guerre mondiale africaine », qui a fait plus de six millions de morts et a fragmenté durablement l’État congolais.
Ces conflits illustrent un modèle économique et géopolitique où l’extractivisme – l’exploitation intensive de ressources naturelles au profit d’intérêts extérieurs – alimente l’instabilité, freine la démocratie et accentue les inégalités. Les minerais du Congo ou les terres et l’or du Soudan ne sont pas seulement des matières premières : ils sont au cœur de logiques impérialistes globalisées, où l’économie et la guerre s’entremêlent pour maintenir un système favorable aux marchés étrangers.
L’enjeu est désormais scientifique, politique et humanitaire : comment penser une transition énergétique ou numérique mondiale sans adresser la violence et l’opacité de l’extractivisme ? Les associations telles que Sudfa et Génération Lumière plaident pour une approche qui relie la justice environnementale, la solidarité internationale et la protection des droits locaux. Elles soulignent que résoudre ces crises n’est pas seulement un impératif humanitaire, mais aussi une condition pour envisager un développement durable véritablement équitable.
En fin de compte, les conflits au Congo et au Soudan montrent que l’exploitation des ressources naturelles, si elle est laissée aux seules logiques du marché globalisé, perpétue un cycle de violence et d’inégalités. Pour bâtir un avenir plus juste, il est urgent d’intégrer la gestion des ressources naturelles dans une perspective démocratique, locale et solidaire, et de repenser les modèles économiques qui alimentent la guerre au détriment des populations.
Par kilalopress