En République démocratique du Congo, la nuit tombe souvent dans l’obscurité des foyers. Pour plus de la moitié des familles (52,5 %), la seule lumière vient d’une petite lampe à pile, vacillante et fragile, qui éclaire juste assez pour préparer un repas ou lire à la lueur tremblante.
Dans les foyers les plus pauvres, cette dépendance est encore plus frappante : 62,7 % n’ont d’autre choix que cette lampe, parfois accompagnée de paraffine ou de bois brûlé (13,9 %), des sources traditionnelles qui fument et piquent les yeux. L’électricité du réseau, que beaucoup associent à la modernité, ne touche qu’une poignée de ces foyers, à peine 3,2 %. Pourtant, un rayon d’espoir perce : certaines familles modestes ont réussi à se procurer des plaques solaires, petites fenêtres sur l’avenir, même si elles ne concernent qu’une sur six des familles les plus démunies (15,6 %). C’est un signe que l’innovation peut atteindre même les coins les plus oubliés.
Les contrastes sont saisissants. À Kinshasa, la capitale bouillonnante, 62,5 % des familles ont accès à l’électricité, principalement via le réseau officiel (72,4 %). Mais dès que l’on quitte la ville, dans les autres zones urbaines, seuls 16 % des foyers bénéficient du réseau ; 28,3 % compensent en partie avec le solaire ou des groupes électrogènes. En milieu rural, l’électricité est presque un mirage : 1,9 % seulement des foyers sont raccordés au réseau, 2,4 % disposent d’un accès direct, et 23,2 % utilisent des panneaux solaires ou générateurs. Cette fracture traverse tous les quartiers et toutes les bourses. Les ménages non pauvres ont trois fois plus de chances que les plus pauvres de profiter de l’électricité (21,9 % contre 7,7 %). Entre les quintiles intermédiaires, l’accès au réseau progresse graduellement : 9,2 %, 13 %, 18,4 % pour les catégories suivantes, jusqu’à 30 % chez les plus riches. L’électricité reste un privilège des plus aisés, tandis que les solutions alternatives, pourtant vitales, restent hors de portée pour les plus vulnérables.

Même quand les foyers sont raccordés, la lumière reste capricieuse. Plus de la moitié des ménages congolais (55,8 %) n’ont pas de compteur, rendant l’électricité irrégulière et chaotique. Même parmi les familles riches, près de la moitié (52,1 %) restent privées de cet outil essentiel. Dans de nombreuses provinces, le réseau frôle l’inexistence : Kwango, Mai-Ndombe, Mongala et Sankuru restent plongés dans l’obscurité, tandis que Kinshasa, Lualaba, Haut-Katanga et Kongo Central tirent leur épingle du jeu, avec respectivement 25,1 %, 23,1 % et 15,7 % de foyers électrifiés.
En RDC, la lumière reste donc un luxe. Elle éclaire les vies des plus fortunés et laisse dans l’ombre des milliers de familles qui luttent pour survivre. Dans un pays où les richesses naturelles sont abondantes, le réseau électrique, les panneaux solaires et les générateurs ne sont pas de simples commodités : ils racontent l’histoire d’une fracture sociale profonde et rappellent avec force l’urgence d’un accès universel à l’énergie.
Par kilalopress