L’arrivée de deux okapis mâles, Pori (« Forest ») et Ekpangi (« Thank You »), au centre de conservation de l’okapi à Epulu, en République démocratique du Congo, est présentée comme une avancée pour la protection de cette espèce endémique des forêts congolaises. Mais sur le terrain de la conservation, cet événement soulève aussi une question plus sensible : jusqu’où la captivité peut-elle réellement sauver une espèce menacée dans un contexte écologique fragile ?
Selon les informations communiquées par les acteurs impliqués, le transfert des deux animaux a été préparé sur plusieurs mois en collaboration entre l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et la Wildlife Conservation Society (Wildlife Conservation Society), afin de garantir des conditions sécurisées de déplacement et d’accueil au centre de conservation de l’okapi (Okapi Conservation and Education Center) à Epulu.
Sur le plan officiel, cette opération s’inscrit dans la relance progressive des activités du site, après plusieurs années de perturbations. Mais pour une partie des observateurs de la conservation, ce type d’initiative met en évidence une tension persistante : la focalisation sur les dispositifs en captivité ne répond pas toujours aux causes profondes du déclin de l’espèce dans son habitat naturel.
L’okapi reste en effet confronté à des pressions bien documentées dans l’est de la RDC, notamment la déforestation, les activités minières illégales et l’insécurité dans certaines zones forestières. Dans ce contexte, les centres de conservation jouent un rôle important de sauvegarde et de recherche, mais leur capacité à influencer l’état des populations sauvages reste indirecte.
Autre limite souvent soulevée dans les approches de conservation en captivité : le risque de déconnexion entre les populations élevées en centre et celles vivant en milieu naturel, notamment en ce qui concerne les comportements, la reproduction et l’adaptation à l’environnement forestier.
L’arrivée de Pori et Ekpangi apparaît ainsi comme un signal positif pour Epulu, mais elle relance en parallèle un débat plus large sur les priorités de la conservation en République démocratique du Congo : renforcer les centres spécialisés ou investir davantage dans la protection des habitats naturels et des communautés riveraines des forêts ? Entre ces deux approches, les acteurs de la conservation continuent de chercher un équilibre encore fragile.
Par kilalopress