RDC : sortie de l’ouvrage L’empreinte collective – Olivier Bahemuke raconte la bataille foncière portée par la société civile du Nord-Kivu

Dans les méandres souvent opaques de la réforme foncière en République Démocratique du Congo, un ouvrage jette une lumière précieuse sur une force qu’on cite trop rarement : la société civile. Intitulé « L’empreinte collective de la société civile du Nord-Kivu dans le processus de la réforme foncière en RDC », ce livre signé par Olivier Bahemuke Ndoole retrace avec rigueur et engagement le combat de terrain mené par des acteurs locaux pour remettre la terre au cœur de la justice sociale et environnementale.

Car en RDC, parler de foncier, c’est mettre les pieds dans un système hérité de la colonisation, tiraillé entre lois officielles, droits coutumiers et intérêts politiques. Un système où les conflits se multiplient, où l’inégalité d’accès à la terre alimente tensions communautaires et insécurité. Et pourtant, dans ce paysage complexe, une voix collective s’élève depuis le Nord-Kivu — une région marquée par des décennies de conflits — pour réclamer un droit à la terre plus inclusif, plus transparent, plus équitable.

Ce livre n’est pas un énième rapport académique. C’est un récit d’engagement, documenté, incarné. Olivier Bahemuke, lui-même militant de terrain, y rend hommage aux efforts d’associations locales comme l’ACEDH (Action pour la Consolidation de l’État de Droit et des Droits Humains), le FAT (Forum des Amis de la Terre) ou encore le PIDP (Programme Intégré de Développement du Peuple), qui, ensemble, ont porté la voix des communautés rurales dans les débats sur la réforme foncière nationale.

L’auteur détaille comment ces structures ont tissé des alliances avec les chefs coutumiers, souvent premiers garants des droits fonciers dans les villages, mais aussi avec les organisations internationales et les institutions gouvernementales. À coups de plaidoyers, de consultations communautaires et de propositions concrètes, elles ont réussi à se faire entendre dans un processus souvent verrouillé par les élites politiques.

Mais l’ouvrage ne verse pas dans l’angélisme. Il documente aussi les obstacles : résistances de certains pouvoirs publics, insécurité persistante, corruption rampante, et une administration foncière parfois plus prompte à brader des terres qu’à écouter les paysans. C’est dans cette réalité chaotique que ces militants opèrent, souvent au péril de leur sécurité.

Ce que souligne avec force Olivier Bahemuke, c’est aussi l’interconnexion entre justice foncière, justice sociale et justice climatique. En garantissant aux communautés leurs droits sur la terre, on protège aussi les forêts, les écosystèmes et on offre des alternatives durables face aux logiques extractivistes. L’auteur plaide pour une réforme foncière qui ne soit pas seulement technique ou juridique, mais profondément transformatrice.

Préfacé par le Professeur Severin Mugangu Matabaro, le livre est jalonné de cas concrets, d’analyses juridiques pointues mais accessibles, et de témoignages qui donnent chair à un combat collectif souvent éclipsé des radars médiatiques.

À l’heure où les enjeux fonciers sont au cœur des tensions environnementales en Afrique centrale — accaparement des terres, plantations industrielles, exploitation minière — L’empreinte collective apparaît comme une ressource incontournable. Il documente, certes, mais surtout, il inspire. Ce que nous rappelle Olivier Bahemuke, c’est que les véritables réformes ne viennent pas seulement d’en haut. Elles germent dans les villages, les réunions de terrain, les alliances improbables entre chefs traditionnels et ONG, les petits actes de résistance quotidienne. Et qu’il faut des voix, comme la sienne, pour en garder la mémoire.

Par kilalopress

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