Ce 11 octobre 2024- Les écosystèmes naturels offrent une variété de biens et de services à l’humanité. Les populations humaines dépendent des écosystèmes naturels pour leur survie, surtout dans les régions tropicales où la pauvreté et ses conséquences demeurent omniprésentes.
En plus de fournir des services écosystémiques, les forêts naturelles jouent un rôle vital dans le maintien et la régulation du climat et des conditions météorologiques à des échelles locale, nationale, régionale et mondiale. Cependant, malgré leur importance cruciale pour notre planète et notre espèce, les forêts naturelles sont en train d’être perdues et affectées à l’échelle mondiale par la déforestation et la dégradation, principalement dues à des causes anthropiques, l’agriculture étant le principal moteur. Les preuves scientifiques montrent que le rythme est bien plus alarmant dans les tropiques.
La République Démocratique du Congo (RDC), qui abrite le deuxième plus grand bloc de forêt tropicale au monde, a perdu environ 500 000 hectares de ses forêts naturelles en 2021. Cependant, dans une zone aussi vaste que l’Europe occidentale, offrant des variations intéressantes tant en matière de couverture forestière que d’impacts anthropiques sur les écosystèmes forestiers naturels, il est primordial de comprendre clairement les causes de la déforestation et de la dégradation des forêts pour aider les décideurs nationaux à élaborer des stratégies d’adaptation.
La partie orientale de la RDC, notamment dans la région du Kivu, est marquée par une déforestation massive et une dégradation forestière depuis des années. La perte de forêts semble s’être accélérée, en raison de plusieurs facteurs, notamment : (1) les guerres et les troubles politiques dans les pays voisins et en RDC elle-même ; (2) la démographie humaine ; (3) les besoins en consommation d’énergie (la plupart de la population dépend fortement du charbon et du bois de feu pour la cuisson) ; (4) l’exploitation minière ; et (5) l’agriculture.Ici le lien de ce rapport https://www.cifor-icraf.org/publications/pdf_files/infobrief/8824-Infobrief.pdf
Dans de nombreuses zones rurales, même les petites parcelles de végétation naturelle disponibles ont été anéanties, remplacées par des terres agricoles, des plantations (principalement d’eucalyptus) et d’autres signes anthropiques. En conséquence, la végétation naturelle, au sens strict, n’existe plus que dans les zones protégées. La protection effective de ces zones constitue un défi majeur, et des cas d’empiètement humain aux limites de ces zones protégées et d’activités anthropiques diverses (exploitation minière, exploitation forestière, braconnage, etc.) sont fréquemment observés.
Le Parc National Kahuzi-Biega (PNKB), l’une des cinq zones protégées en RDC classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, couvre 600 000 hectares et se compose de deux entités clairement distinctes qui forment ses secteurs de haute et de basse altitude. Le parc est presque entièrement situé dans la province du Sud-Kivu, une région connue pour avoir l’une des densités de population humaine les plus élevées d’Afrique centrale, avec plus de 300 individus par km².
Les résultats montrent qu’il y a eu des changements significatifs de température au cours des six dernières décennies. Les températures semblent augmenter, et les tendances positives se maintiennent depuis la décennie 1981-1990. Au cours des deux dernières décennies (2001-2020), la province du Sud-Kivu a perdu environ 642 539 hectares de ses forêts. Cependant, lorsque la déforestation est considérée au niveau territorial, les huit territoires du Sud-Kivu semblent être affectés différemment. Shabunda est le territoire qui a perdu le plus de forêts au cours des deux dernières décennies.

Durant cette même période, un total de 381 380 375 mégagrammes d’équivalents dioxyde de carbone ont été émis dans l’atmosphère, avec une moyenne annuelle de 190 690 019 Mg CO2e. Les résultats montrent une corrélation positive significative entre la déforestation et les émissions de CO2. Les plantes, et en particulier les arbres, sont connus pour leur capacité à refroidir le sol en tirant d’énormes quantités d’eau du sol et en la libérant dans l’atmosphère par le biais de leurs feuilles, à travers un processus naturel appelé « évapotranspiration ». L’abattage des arbres supprime cet effet de refroidissement et réduit les régimes de pluie.
Les conséquences de la déforestation sur les températures locales et les précipitations ont été confirmées par de nombreuses études. La perte des forêts est susceptible de provoquer des perturbations dans les modèles météorologiques locaux. Des études montrent que la déforestation et ses conséquences sur le climat perturbé peuvent également affecter les moyens de subsistance des communautés locales ainsi que la biodiversité.
Face à cette menace croissante, il est impératif que les décideurs politiques prennent des mesures immédiates pour protéger les forêts. Les politiques actuelles doivent évoluer pour reconnaître le rôle vital des forêts dans la régulation du climat. Ignorer cette réalité pourrait conduire à un échec des politiques d’adaptation et de mitigation face au changement climatique, aggravant ainsi les conditions de vie des communautés locales.
Ces observations indiquent une perturbation potentielle des modèles météorologiques dans le paysage du Parc National Kahuzi-Biega. Les changements dans les conditions météorologiques locales sont susceptibles d’impacter l’agriculture, la biodiversité et le bien-être des communautés locales. Il est crucial que les décideurs politiques reconnaissent pleinement le rôle important des forêts dans la régulation des conditions climatiques et pluviales, essentielles à la production agricole, à la conservation de la biodiversité, à la sécurité alimentaire et à la santé humaine. Ignorer ces faits pourrait conduire à des échecs politiques dans l’anticipation des risques climatiques liés à la déforestation.
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