À Kitshanga, dans le groupement de Bashali Mokoto, territoire de Masisi, une réalité silencieuse mais préoccupante retient de plus en plus l’attention des agents de santé : les femmes de la communauté autochtone pygmée fréquentent très peu les services de maternité du centre de santé Umoja.
Dans cette structure sanitaire de proximité, l’infirmier titulaire, Tushime Jean Bosco, observe une contradiction qui l’inquiète au quotidien. Les femmes de cette communauté viennent régulièrement consulter pour diverses pathologies, parfois même pour des soins urgents. Mais lorsqu’il s’agit du suivi de grossesse ou de l’accouchement, elles disparaissent presque totalement des statistiques du centre.
Ce décalage, en apparence discret, cache pourtant un enjeu majeur de santé publique. Pour le personnel soignant, chaque absence aux consultations prénatales représente un risque supplémentaire, autant pour la mère que pour l’enfant à naître. Dans une zone où l’accès aux structures médicales reste déjà fragile, les accouchements à domicile continuent de se faire sans assistance qualifiée, exposant les familles à des complications parfois irréversibles.
Sur le terrain, Tushime Jean Bosco tente d’alerter et de sensibiliser. Dans son discours, il insiste sur le rôle crucial des consultations prénatales, qu’il considère comme une étape indispensable pour prévenir les dangers liés à la grossesse et anticiper d’éventuelles complications. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement médical, il est aussi humain et communautaire.
Mais derrière cette réalité sanitaire se cache une autre dimension, plus sociale et économique. Les femmes concernées évoquent des difficultés concrètes qui orientent leurs choix. Pour certaines, accoucher dans une structure de santé implique des coûts difficiles à supporter, notamment les frais liés à la sortie du centre ou l’achat de produits de première nécessité pour le nouveau-né.
Dans leurs témoignages, une logique de survie apparaît clairement. Rester à la maison pour accoucher devient parfois une option dictée non par le refus du système de santé, mais par l’impossibilité matérielle d’y faire face dans de bonnes conditions. Une femme interrogée résume cette réalité avec sobriété : la peur de ne pas pouvoir assumer les dépenses après l’accouchement pèse souvent plus lourd que les risques médicaux eux-mêmes.
Face à ce constat, l’infirmier du centre de santé Umoja appelle à une réponse plus globale. Selon lui, la solution ne peut pas se limiter à la seule sensibilisation. Elle doit aussi intégrer les réalités socio-économiques de cette communauté longtemps marginalisée. Faciliter l’accès aux soins maternels, adapter l’accompagnement et réduire les barrières financières apparaissent comme des pistes essentielles pour changer durablement les comportements.
Dans ce coin du Masisi, la question de la maternité dépasse donc largement le cadre médical. Elle devient le reflet d’un déséquilibre plus profond entre l’offre de soins et les conditions de vie des populations. Et au centre de santé Umoja, l’espoir reste de voir, progressivement, les futures mères franchir la porte du centre non plus par nécessité tardive, mais par confiance et anticipation.
Par kilalopress