Bukavu : des militants en action face aux enjeux du pétrole et à l’urgence environnementale

Sur les hauteurs de Karhale, à Bukavu, l’habituelle agitation estudiantine a, l’espace de quelques heures, cédé la place à une mobilisation d’un autre ordre. Entre les auditoires de l’Université Officielle de Bukavu, de l’Université Catholique de Bukavu et de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales de Bukavu, étudiants et riverains se sont rassemblés pour une séance de sensibilisation autour d’une campagne dont l’écho dépasse largement les collines du Sud-Kivu. « Stand Up Muanda » s’est invitée ici comme un rappel insistant d’une réalité située à plusieurs centaines de kilomètres, sur la côte atlantique, mais dont les implications interrogent l’ensemble du territoire congolais.

À l’origine de cette initiative, la CORAP, qui inscrit cette campagne dans un plaidoyer plus large contre les conséquences sociales et environnementales de l’exploitation pétrolière à Muanda. D’après plusieurs acteurs impliqués, l’objectif n’est pas seulement de dénoncer, mais de reconfigurer le regard porté par la jeunesse congolaise sur les dynamiques extractives qui traversent le pays depuis des décennies.

Sur place, des organisations telles que Extinction Rebellion Bukavu, Save My World ou encore Vijana Shujaa ont multiplié les prises de parole. Leurs messages convergent : à Muanda, l’exploitation pétrolière, bien qu’ancienne, continue de susciter des interrogations profondes sur la redistribution des richesses et la gestion des impacts écologiques. Selon des sources locales et des observateurs du secteur, la perception d’un déséquilibre persistant entre les bénéfices tirés du pétrole et les conditions de vie des communautés alimente un sentiment d’injustice qui s’étend bien au-delà de la région côtière.

« En soutenant la population de Muanda, les jeunes activistes environnementaux manifestent leur soutien sans faille, protègent l’environnement, garantissent les droits des communautés locales », a déclaré Darcin Basirwa, de l’organisation Save My World, inscrivant cette mobilisation dans une logique de solidarité nationale. Une solidarité qui, à en croire certains participants, traduit aussi une prise de conscience progressive : celle d’une génération qui refuse de dissocier les enjeux environnementaux des questions sociales.

Dans les échanges, la question de la responsabilité des entreprises multinationales est revenue avec insistance. Des intervenants ont évoqué une exploitation qui, depuis plusieurs décennies, n’aurait pas suffisamment intégré les exigences liées aux droits des populations locales ni aux impératifs de protection des écosystèmes. « Ça fait 50 ans que les multinationales exploitent sans respecter les droits des autochtones et ça fait mal. Nous nous levons pour exiger que les droits des populations soient respectés. Ces entreprises doivent payer des redevances au regard de leur pollution. Comme à Muanda, l’entreprise Perenco exploite et exporte la matière en France, ne laissant que la misère derrière », a affirmé Fiacre Kalugusha, représentant de XR ville de Bukavu.

L’entreprise Perenco, citée à plusieurs reprises lors de cette rencontre, demeure à ce jour l’unique opérateur pétrolier en République démocratique du Congo. Installée à Muanda depuis plus de 25 ans, elle concentre ses activités dans une zone où cohabitent enjeux énergétiques, fragilités écologiques et attentes sociales élevées. Si aucune donnée nouvelle n’a été présentée lors de cette séance, les témoignages et analyses relayés renvoient à des débats anciens, régulièrement ravivés par les dynamiques actuelles autour de l’exploitation des ressources naturelles.

Cette mobilisation à Bukavu s’inscrit, selon les organisateurs, dans la continuité d’une série d’actions citoyennes et de conférences-débats menées ces derniers mois. En toile de fond, la question de la mise en vente de 55 blocs pétroliers en République démocratique du Congo, qui suscite, d’après plusieurs analyses, des inquiétudes quant aux risques environnementaux et à la gouvernance des ressources.

Au-delà des discours, la scène de Karhale donne à voir une mutation plus discrète mais significative : celle d’une jeunesse universitaire qui s’approprie des enjeux longtemps perçus comme techniques ou éloignés de ses réalités immédiates. Entre indignation mesurée et volonté d’agir, cette génération semble désormais inscrire la question environnementale dans un horizon politique et citoyen plus large.

Reste à savoir si cette convergence d’initiatives locales, encore fragmentée, parviendra à influer durablement sur les choix structurels liés à l’exploitation des ressources en République démocratique du Congo. Pour l’heure, à Bukavu comme ailleurs, la mobilisation s’installe dans le temps long, à la croisée des attentes sociales et des urgences écologiques.

Par kilalopress

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