Deuxième journée de “Stund Up” : sur la route de Muanda, la colère écologique change de dimension

Partie de Kinshasa le mardi 07 avril 2026, la caravane « Stund Up » poursuit son avancée vers le Kongo Central sans avoir encore atteint Muanda, destination finale de cette mobilisation portée par la coalition « Notre terre sans pétrole ». Mais déjà, au fil des étapes, un constat s’impose : la contestation contre l’exploitation des énergies fossiles prend une épaisseur nouvelle, nourrie par les réalités locales et les inquiétudes croissantes autour des équilibres écologiques.

Lors de cette deuxième journée, les activistes climatiques, rejoints par des participants venus notamment de Matadi, ont marqué un arrêt stratégique au rond-point Vodacom. D’après nos observations, ce point de rassemblement n’a pas été choisi au hasard : il s’est progressivement transformé en espace de sensibilisation, où le discours militant s’efface au profit d’une pédagogie plus ancrée dans le vécu des populations.

Ici, il ne s’agit pas encore de témoigner directement des impacts à Muanda, mais de préparer le terrain. Expliquer, alerter, contextualiser. Femmes, jeunes, anciens : chacun est interpellé sur les enjeux liés à l’exploitation pétrolière dans le Kongo Central, et plus largement en République démocratique du Congo. À en croire certains participants, cette phase en amont est essentielle pour éviter que la mobilisation ne soit perçue comme une initiative déconnectée des réalités locales.

Le parcours de la journée — du rond-point Vodacom vers Kinzau-Mvété, en passant par le pont Maréchal — a ainsi pris la forme d’un corridor de sensibilisation, où les échanges priment sur la démonstration de force. Les slogans, bien que présents, s’inscrivent dans une démarche plus large de construction d’un discours collectif : « Muanda, cette ville tant enviée, est en voie de disparition. Pas une goutte de plus ! »

Ce qui se joue ici dépasse la simple dénonciation. Selon des observateurs, la coalition « Notre terre sans pétrole » semble chercher à structurer une parole citoyenne capable d’anticiper les débats à venir une fois arrivée à Muanda, territoire directement concerné par l’exploitation pétrolière.

Dans les discussions, un acteur revient avec insistance : PERENCO, régulièrement cité par des participants comme symbole des tensions entre exploitation économique et préservation des écosystèmes. Si les accusations portées par les communautés locales devront être documentées plus en profondeur une fois sur le terrain, elles nourrissent déjà les inquiétudes exprimées tout au long du parcours.

« On parle de développement, mais à quel prix ? », s’interroge une participante rencontrée en marge de la marche. Une question qui, selon plusieurs analystes, résume à elle seule le dilemme auquel font face de nombreux territoires riches en ressources naturelles.

À ce stade, la mobilisation agit comme un prélude. Elle prépare une rencontre annoncée entre des activistes venus de la capitale et des communautés directement exposées aux réalités de l’exploitation pétrolière. Une jonction qui, si elle se concrétise dans les jours à venir, pourrait redéfinir les contours du débat environnemental autour de Muanda.

Car au-delà de la marche, c’est bien une tentative de recomposition du récit qui se joue : faire émerger une lecture plus territorialisée, plus humaine, et potentiellement plus exigeante des enjeux énergétiques en RDC.

La suite du parcours dira si cette dynamique parvient à s’ancrer durablement dans les réalités locales — ou si elle se heurte, comme tant d’autres initiatives avant elle, aux logiques économiques et politiques qui structurent le secteur extractif.

Par Asani Musungay

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