Ce jeudi 27 juin 2024 à Kisangani, s’est tenue une consultation réunissant divers acteurs de la société civile environnementale. L’objectif était de discuter des résultats préliminaires d’une recherche en cours sur l’impact du marché carbone sur les droits collectifs des communautés locales et autochtones pygmées et passer en revue les initiatives de conservation en érection dans la province de la Tshopo.
Organisée par la Rainforest Foundation UK (RFUK) en collaboration avec Actions pour la promotion et la protection des peuples et espèces Menacés (APEM), cette réunion a mis en lumière les enjeux critiques entourant ce marché mondial émergent.
Cette consultation, qui s’est tenue au centre d’accueil Joli Rêve dans la commune Makiso, a débuté par une présentation détaillée de l’état des lieux de la recherche en cours.
Les participants ont eu l’occasion d’échanger sur le document informatif « Tout ce qu’il faut savoir sur le marché carbone (et comment défendre ses droits) », élaboré par la RFUK. Ce guide vise à informer et à éduquer les communautés locales ainsi que leurs accompagnateurs sur les tenants et aboutissants du marché carbone, tout en les outillant pour protéger leurs droits face aux pressions extérieures.
Maître Willy ELUA de l’ONG APEM a souligné l’importance cruciale de cette recherche pour les communautés locales, souvent dépendantes des ressources forestières pour leur subsistance. Il a mis en garde contre les risques potentiels de spéculation et d’accaparement des terres, soulignant la nécessité d’une transparence accrue et d’une véritable consultation des communautés concernées.

Vittoria Moreti de la RFUK a ajouté que les résultats préliminaires indiquent une tendance inquiétante où les communautés locales pourraient être amenées à signer des accords sans comprendre pleinement les implications à long terme. Elle a insisté sur la protection des droits, de la culture et des modes de vie des communautés autochtones, tout en encourageant des alternatives au marché carbone telle que des paiements pour services environnementaux qui garantissent une participation équitable et des revenues plus stables et directes pour les communautés. Elle a souligné que les défis structurels de ce marché, peu régulé tant au niveau international que national, accompagnés de spéculations et de fluctuations de prix, peuvent ouvrir la voie à des accaparements de terres, laissant ainsi les communautés dans une situation d’attentisme. Elle a conclu que ce marché semble accorder aux pollueurs le droit de continuer à polluer, alors qu’ils devraient s’engager à réduire leurs émissions.
La consultation s’est conclue par la distribution d’un guide pratique contenant 7 questions clés à considérer lors de la mise en œuvre de projets REDD/Carbone. Ces questions visent à garantir que les droits des communautés sont respectés, que leur intégrité culturelle est préservée et que leurs voix sont entendues à chaque étape du processus.

Ont pris part à cette consultation, les représentants de Tropenbos RDC, CIFOR, CPDH, GTCRR, Les medias, le Point focal de la de la foresterie de la Tshopo ainsi que d’autres acteurs concernés par cette thématique. Cette réunion ténue à Kisangani a non seulement permis de faire le point sur les défis et les risques associés au marché carbone, mais elle a également renforcé l’engagement des participants à défendre les intérêts des communautés locales. Alors que le marché carbone continue de se développer à l’échelle mondiale, il est impératif que les décideurs, les entreprises et les ONG opérant dans ce domaine s’engagent à respecter les droits des communautés et à garantir leur participation active et informée. La route vers un marché carbone équitable et durable nécessite une vigilance constante et une collaboration étroite avec toutes les parties prenantes concernées.
Par Franck zongwe Lukama