Sud-Kivu : à Uvira, la foresterie communautaire au cœur d’un atelier stratégique

À Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, la question de la gouvernance forestière semble franchir un nouveau palier, à en croire les échanges tenus le 26 mars 2026 lors d’un atelier réunissant autorités politico-administratives et acteurs du secteur environnemental. Organisée sous l’impulsion du ministère provincial de l’Environnement, cette rencontre s’inscrit, selon plusieurs participants, dans une dynamique de repositionnement des politiques locales face aux enjeux croissants de conservation et de valorisation des ressources forestières.

Au cœur des discussions, la foresterie communautaire apparaît comme un levier stratégique que les autorités provinciales cherchent à mieux faire connaître et à structurer. Innocent Chigoho, conseiller au ministère de l’Environnement et de l’Économie verte du Sud-Kivu, a indiqué que cette approche vise notamment à intégrer davantage les communautés locales dans les mécanismes de gestion forestière. Selon ses propos, il s’agit également de vulgariser l’arrêté encadrant la création et le fonctionnement du service provincial de la foresterie, une structure appelée à jouer un rôle dans la gestion de la quotité du crédit carbone au bénéfice de la province.

Dans un contexte où les mécanismes de financement climatique suscitent un intérêt croissant, cette orientation vers le crédit carbone traduit, d’après certaines analyses, une volonté d’inscrire les forêts du Sud-Kivu dans des circuits économiques globaux, tout en tentant de répondre aux impératifs locaux de conservation. Le conseiller a par ailleurs souligné que la province disposerait déjà de 39 Concessions forestières des communautés locales (CFCL), couvrant plus de 700 hectares sécurisés. Une base que les autorités entendent désormais consolider en passant, selon lui, d’une logique d’attribution à une logique de gestion effective, impliquant davantage les partenaires techniques et les communautés concernées.

Prenant la parole au nom du ministre provincial empêché, le directeur de cabinet Alain Mujinji a rappelé que la foresterie communautaire s’inscrit dans un programme national lancé depuis 2009, avec l’appui de plusieurs partenaires, dont l’ONG Strong Roots Congo. Ce processus, a-t-il expliqué, ambitionne de sécuriser collectivement les terres traditionnelles tout en assurant la préservation des écosystèmes forestiers pour les générations futures.

Les données avancées lors de l’atelier témoignent d’une progression notable, bien que sujette à interprétation selon les observateurs. Plus de 600 000 hectares de terres forestières auraient été documentés à ce jour, tandis que 23 CFCL auraient obtenu des titres officiels. L’année 2024 est présentée comme une étape charnière, marquée par l’octroi de 10 nouveaux arrêtés de CFCL, dont six situés dans le territoire de Shabunda, en chefferie de Bakisi. Dans la continuité de cette dynamique, les discussions ont porté sur la mise en œuvre et la formalisation de 13 nouvelles concessions, couvrant plus de 400 000 hectares supplémentaires dans cette même chefferie, réparties entre les groupements de Bamuguba Nord et Sud.

Au-delà des annonces, cet atelier intervient dans un contexte que plusieurs experts décrivent comme critique pour les écosystèmes forestiers du Sud-Kivu, soumis à des pressions multiples, notamment l’exploitation informelle des ressources, l’expansion agricole et les dynamiques démographiques. La présence des députés provinciaux membres de la commission environnement et ressources naturelles, ainsi que de l’autorité urbaine d’Uvira, laisse entrevoir une tentative d’ancrer ces discussions dans les sphères décisionnelles locales.

Les recommandations formulées à l’issue des échanges, bien que non détaillées publiquement, auraient porté, selon des participants, sur les modalités d’amélioration de la mise en œuvre de la foresterie communautaire, dans une perspective de développement durable. Reste à savoir, estiment certains acteurs du secteur, dans quelle mesure ces engagements pourront se traduire en mécanismes opérationnels efficaces, capables de concilier les impératifs de conservation, les attentes économiques liées au crédit carbone et les réalités sociales des communautés forestières.

Par kilalopress

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