Alors que la Zambie vient de décréter une troisième interdiction de pêche dans ses eaux du lac Tanganyika pour tenter de préserver des ressources halieutiques en chute libre, le silence de la République démocratique du Congo, pourtant détentrice de 45 % du lac, interroge. Malgré les signes évidents d’un écosystème en péril, le géant d’Afrique centrale peine à imposer une vision claire et durable pour l’avenir du plus ancien et du plus profond des lacs africains.
Le lac Tanganyika, long de plus de 670 kilomètres et atteignant une profondeur de 1 470 mètres, constitue un pilier écologique, économique et social pour plus de 12,5 millions de personnes vivant autour de ses rives. Il s’étend sur quatre pays : Tanzanie (41 %), RDC (45 %), Burundi (8 %) et Zambie (6 %). Cette ressource naturelle, parmi les plus riches en biodiversité au monde, abrite des centaines d’espèces de poissons, dont certaines sont endémiques. Mais ce joyau écologique est aujourd’hui menacé par des pratiques humaines destructrices.
La surpêche, notamment, a atteint des niveaux alarmants. La forte demande en poisson, couplée à une explosion démographique — au moins +2 % par an depuis 2012 — exerce une pression démesurée sur l’écosystème du lac. Des techniques de pêche non sélectives, souvent illégales, ravagent les stocks de poissons, mettant en péril la sécurité alimentaire des populations locales. La Zambie, consciente du danger, a choisi de sévir à nouveau, en imposant une nouvelle période de repos biologique. Cette mesure vise à permettre aux espèces de se reproduire, mais elle reste insuffisante si les autres pays riverains n’emboîtent pas le pas.
La situation est d’autant plus critique que la gestion du lac Tanganyika dépend d’une coopération fragile, encadrée par la Convention sur la gestion durable du lac Tanganyika. Cet accord a donné naissance à la Lake Tanganyika Authority (LTA), une instance censée coordonner les efforts entre les États concernés. Pourtant, la réalité montre un engagement inégal. La RDC, bien que détentrice de la plus grande portion du lac, reste étonnamment discrète dans les débats régionaux, avec des politiques souvent incohérentes, voire inexistantes, en matière de pêche durable ou de protection environnementale.
Outre la surpêche, le lac subit aussi les conséquences directes du changement climatique, de l’érosion des sols, de la pollution due aux pratiques agricoles et minières et d’un usage non durable des terres. Ces facteurs combinés fragilisent un peu plus chaque année l’écosystème du Tanganyika. L’eau se réchauffe, les courants changent, les habitats aquatiques se dégradent, et les communautés riveraines, souvent oubliées dans les politiques publiques, se retrouvent en première ligne face à une crise multidimensionnelle.
Il est aujourd’hui urgent que la RDC sorte de sa passivité. Sa responsabilité est immense, non seulement du fait de la taille de son territoire lacustre, mais aussi en raison de l’importance vitale du Tanganyika pour des millions de Congolais. Le pays ne peut plus se contenter d’observer les décisions des autres États riverains. Il doit prendre des mesures fortes, alignées sur les engagements régionaux, pour enrayer l’effondrement des ressources du lac. Le Tanganyika n’est pas simplement un réservoir de poissons : c’est un pilier de stabilité régionale, un moteur économique, et un patrimoine naturel unique. Le laisser se dégrader, c’est tourner le dos à l’avenir.
Par kilalopress