RDC : Le CODED Dévoile les Enjeux Cruciaux du Projet Grand Inga, Vers une Révolution Énergétique ou un Échec Monumental ?

Kinshasa, 9 août 2024 – Dans une atmosphère chargée de suspense et d’espoir, le Centre congolais pour le droit du développement durable (CODED) a organisé ce vendredi un atelier de partage d’information sur le Projet Grand Inga. Cette rencontre, tenue dans la capitale congolaise, a rassemblé des représentants de la société civile, des journalistes et des experts pour dévoiler les nouvelles perspectives de ce projet hydroélectrique ambitieux, capable de métamorphoser la République Démocratique du Congo en un carrefour énergétique majeur pour l’Afrique.

Le Projet Grand Inga, situé sur le majestueux fleuve Congo, est réputé pour sa dimension titanesque, avec une capacité potentielle de production de 40 000 mégawatts. Pour mettre cela en perspective, cela représente environ 40 % de la capacité hydroélectrique totale du continent africain. L’atelier a permis d’explorer en profondeur les répercussions économiques, sociales et environnementales de cette initiative, tout en révélant les coulisses de ses évolutions récentes.

Me Erick Kassongo, coordonnateur du CODED, a livré un exposé détaillé sur les ramifications juridiques des contrats associés au projet. Il a commenté les accords signés avec la Banque mondiale et les banques multilatérales, évoquant les conflits qui ont surgi lors de la création de l’Agence pour le développement du projet Inga (ADPI). « De manière très synthétique, vous avez d’abord les accords signés avec la Banque mondiale. Elle avait un accord avec la RDC pour le soutenir techniquement dans le cadre de développement du site Inga, la Banque mondiale n’était pas seule à l’époque, c’était les Banques multi-accord qui soutenaient le projet, donc la Banque mondiale et la banque Africaine de de développement. Et puis il y a eu un désaccord sur la mise en place de l’Agence pour le développement du projet Inga (ADPI). L’ADPI a vu le jour en dehors des arrangements institutionnels convenus avec les Banques multilatérales. Et puis il y a eu invitation de deux groupes entre autres les chinois et les espagnols, qui ont d’abord soumissionné individuellement; après on a demandé aux deux groupes de fusionner leur œuvre pour soumettre une proposition commune, qui a abouti à la signature de l’accord en 2018, et présenté devant le public y compris l’Assemblée Nationale, a-t-il dit. Et de rajouter : ‘… C’est comme ça que le projet a été confié aux australiens qui sont maintenant dépossédés au profit des autres. Donc tout ça, c’est l’absence de vision, si on avait une vision, eh bien, ça serait que voilà, le Congo a besoin de construire 4000 mégawatts; Eh bien, s’il échoue de le faire avec tel développeur, c’est l’autre qui vient, qui développera le 4000 mégawatts que le Congo veut. Pas à venir nous vendre autre chose d’extraordinaire, du fantastique qui finit par ne pas aboutir. Donc si nous nous approprions pas nous mêmes le projet de développement que nous voulons avoir, nous allons être comme des baleines en train de consommer tout ce qui a comme de détritus qui vient de n’importe où. Je n’ai pas dit que les investisseurs sont des détritus mais nous allons avaler des initiatives sans lendemain, qui vont nous faire traîner,’ a-t-il expliqué.

Parallèlement, M. Al Kitenge a partagé des insights sur les investissements de Fortescue Industries (FFI) et les raisons de leur retrait imminent. Il a précisé les difficultés rencontrées : « La première rupture a été une rupture de communication. Le gouvernement congolais ne communique plus malgré les demandes incessantes et les tentatives de FFI. Le gouvernement ne parlait pas au bout d’un temps assez long, il a même signé un contrat avec les nigériens. Et du coup, la société FFI s’est dit peut-être qu’il faut laisser un peu de temps à notre partenaire. Et donc ils se sont repliés pour se concentrer sur d’autres chantiers où ils travaillent avec succès. Et donc toute la question de la RDC reste la décision de la RDC. Elle travaille avec qui veut travailler. Cette société a donc pendant un temps arrêté ses activités localement ici. Les bureaux ont été fermés, le personnel a été remercié. Je ne suis plus consultant sur la firme, mais en tant que citoyen congolais, c’est vraiment dommage de perdre l’opportunité de travailler avec des partenaires éthiques, sérieux, qui ont la capacité de faire une chose, qui donnent des solutions qui correspondent aux défis du moment. » Il a également ajouté : « A l’époque où nous on se battait pour avoir des preneurs pour 11.000 mégawatts, ils nous ont dit qu’on a 72.000 mégawatts capable d’être en mesure de transformer localement, d’engendrer un développement intégré dans notre pays. Et ça c’est une base qui peut nous permettre d’engager les discussions stratégiques qui dépassent le seul caractère de Inga. Et je crois simplement que nous devrions être en mesure de prendre le leadership de la planification stratégique, ce qui nous permettrait d’attirer les différents partenaires techniques et financiers et je souhaite beaucoup que les partenaires de la FFI puissent être en mesure de revenir dans le pays. »

Au-delà des défis administratifs et financiers, la question de l’impact du Grand Inga sur le développement industriel et énergétique de la RDC reste cruciale. Pour que ce projet atteigne son potentiel, il doit non seulement contribuer à l’intégration énergétique régionale, mais aussi stimuler le développement interne du pays. La possibilité de stocker de l’énergie, notamment via l’hydrogène, pourrait offrir une voie prometteuse pour l’avenir énergétique du Congo.

Disons que, Si le Grand Inga voit le jour dans toute sa grandeur, il pourrait non seulement transformer la RDC en un centre énergétique incontournable mais aussi offrir une leçon précieuse sur les défis de la gestion des projets d’envergure. La question persiste : la RDC saura-t-elle naviguer ces défis pour réaliser son potentiel énergétique et industriel ? Seul le temps nous le dira.

Par Franck zongwe Lukama

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