Beni – 29 août 2025. Dans un contexte où les enjeux environnementaux deviennent de plus en plus urgents et complexes, un panel inédit s’est tenu dans la ville de Beni (Nord-Kivu), réunissant magistrats civils et militaires, avocats, défenseurs de la nature, jeunes, femmes et acteurs de la société civile. L’objectif : décrypter l’avis consultatif historique de la Cour internationale de justice (CIJ) sur le climat et les droits humains, et explorer son application concrète dans le contexte congolais, notamment autour des contentieux climatiques et de la protection de la biodiversité dans le paysage emblématique du Parc des Virunga.
Le 23 juillet 2025, la CIJ a rendu un avis consultatif majeur, affirmant que la violation des obligations climatiques constitue un fait internationalement illicite engageant la responsabilité des États. Ce texte reconnaît également le droit à la réparation intégrale des préjudices subis par les États affectés, une reconnaissance juridique qui constitue une avancée sans précédent dans la lutte pour la justice climatique. C’est dans cette dynamique que l’ACEDH, en partenariat avec ELAW (Environmental Law Alliance Worldwide), FDHM et les instances judiciaires congolaises, a organisé une session de travail visant à outiller les magistrats et acteurs communautaires pour mieux intégrer le droit environnemental dans les pratiques judiciaires congolaises.
Durant les travaux, le magistrat Gustave, représentant du parquet de grande instance, a dressé un état alarmant de la situation dans le Parc des Virunga : atteintes répétées à la biodiversité, interférences politiques, objets saisis, dossiers ouverts, mais aussi défis structurels et sécuritaires persistants. Eric Kitakya, conservateur du parc, a rappelé que plus de 200 éco-gardes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, une donnée glaçante qui illustre à quel point la conservation de la biodiversité est un combat risqué mais nécessaire.

Maître Patrick Songe, représentant de l’exécutif provincial, a quant à lui mis en lumière le rôle crucial de l’État dans l’élaboration de politiques réformatrices, la mise en œuvre de traités internationaux et le soutien aux poursuites judiciaires contre les crimes environnementaux.
L’avocat et environnementaliste Maître Olivier Ndoole a retracé l’évolution du contentieux climatique dans le monde, en Afrique centrale et en RDC. Il a évoqué des précédents judiciaires relatifs à la faune, la flore, la déforestation, les sociétés minières et pétrolières, soulignant ainsi la nécessité de traduire ces jurisprudences dans le contexte local pour les rendre opérationnelles dans les tribunaux congolais.

Au cœur de ce panel, une idée forte a émergé : la justice climatique ne peut être efficace que si elle s’appuie sur une synergie entre expertise judiciaire, mobilisation communautaire et volonté politique. La participation citoyenne, l’accès à l’information d’intérêt public, la transparence des institutions et la formation des défenseurs de l’environnement – y compris les journalistes – sont autant de leviers pour renforcer l’action en justice en faveur du climat et de la biodiversité.
Les participants ont plaidé pour la vulgarisation de l’avis consultatif de la CIJ auprès des juges, avocats, OPJ et décideurs politiques ; la création d’un cadre de collaboration interinstitutionnelle pour les contentieux environnementaux ; la formation renforcée des magistrats en droit de l’environnement ; la mobilisation des communautés locales dans la collecte d’informations et le suivi des violations ; et la lutte contre l’impunité des entreprises extractives responsables de dégradations environnementales.
Cet événement marque une étape clé dans l’appropriation par les acteurs congolais du droit international climatique. Il montre que les outils juridiques existent, que les communautés sont prêtes à agir et que la justice peut être un levier puissant pour protéger les écosystèmes, les droits humains et l’avenir des générations futures. Le Parc des Virunga, joyau naturel en péril, devient ainsi un terrain d’action stratégique où se croisent les intérêts judiciaires, politiques, communautaires et environnementaux. Le défi est immense, mais les fondations d’une justice climatique enracinée et résiliente commencent à se poser.
Par kilalopress