Chaque 14 mars, une date revient discrètement dans le calendrier des défenseurs de l’environnement à travers le monde : la Journée internationale d’action pour les rivières. Instituée en 1997 à l’issue d’une rencontre internationale réunissant des militants engagés dans la protection des cours d’eau, cette journée se veut à la fois un rappel et un avertissement : les rivières ne sont pas seulement des paysages ou des lignes bleues sur une carte, elles constituent des systèmes vivants dont dépendent directement les sociétés humaines et la biodiversité.
En République démocratique du Congo, pays traversé par l’un des réseaux hydrographiques les plus vastes d’Afrique, cette célébration trouve un écho particulier dans certaines villes de l’est du pays. À Goma et à Bukavu, où la pression urbaine s’intensifie et où les ressources naturelles subissent de multiples contraintes, plusieurs initiatives locales tentent de replacer les rivières au cœur des préoccupations publiques.
Car derrière leur apparente banalité, ces cours d’eau jouent un rôle vital. « Les rivières sont vitales : elles fournissent de l’eau potable, irriguent les cultures, abritent une biodiversité précieuse et soutiennent de nombreuses activités économiques », rappellent régulièrement les acteurs environnementaux. Pourtant, ces mêmes rivières figurent aujourd’hui parmi les écosystèmes les plus fragilisés, confrontés à la pollution, à l’urbanisation rapide et aux effets croissants des changements climatiques.
La situation de Goma illustre, à bien des égards, ce paradoxe. Dans cette ville volcanique construite au pied du volcan Nyiragongo, les rivières restent souvent invisibles aux yeux d’une partie de la population. Elles n’en demeurent pas moins présentes. Selon plusieurs observateurs locaux, de petits cours d’eau prennent naissance sur les pentes du volcan et dans les collines environnantes avant de se frayer un passage à travers la ville. Discrets, parfois enfouis ou détournés par l’urbanisation, ils participent pourtant à l’alimentation en eau, à l’irrigation des cultures et à la régulation naturelle des eaux de pluie, limitant notamment certains risques d’inondations.

Cette réalité, encore largement méconnue de nombreux habitants, nourrit les préoccupations des organisations environnementales locales. D’après plusieurs acteurs engagés dans la sensibilisation écologique, la méconnaissance des rivières urbaines contribue souvent à leur dégradation progressive : dépôts de déchets, constructions anarchiques sur les berges ou détournements informels de leur cours.
Dans ce contexte, la Journée internationale d’action pour les rivières sert de point d’appui pour encourager une prise de conscience collective. Les initiatives ne se limitent pas à des messages symboliques. Elles prennent également la forme d’échanges scientifiques, de rencontres citoyennes et de débats publics autour de la gestion durable de l’eau.
À Bukavu, sur les rives du lac Kivu, cette dynamique s’est traduite le 14 mars par l’organisation d’une conférence à l’Université Catholique de Bukavu. La rencontre, tenue au sein de l’établissement universitaire, était organisée par CYNESA DRCongo avec l’appui technique de Strong Roots RDC, en collaboration avec le Club E.S.E de l’Université Catholique de Bukavu, Bioverd’ Elan ainsi que la Faculté des sciences de l’université.
D’après les organisateurs, plus de 105 participants ont pris part à cette session. Parmi eux figuraient des étudiants, des jeunes engagés dans l’action climatique, des chercheurs ainsi que plusieurs acteurs environnementaux de la ville. Des organisations locales ont également participé aux discussions, témoignant d’un intérêt croissant pour les questions liées à la protection des rivières et à la gestion durable des ressources hydriques.
Selon des participants rencontrés à l’issue des échanges, les discussions ont notamment porté sur le rôle des rivières dans les équilibres écologiques urbains, mais aussi sur les défis que posent leur dégradation progressive dans les villes en expansion rapide comme Goma ou Bukavu.

Car au-delà des conférences et des discours, la question demeure profondément territoriale. Dans ces villes construites entre collines, lacs et volcans, les rivières constituent bien plus qu’un simple élément du paysage. Elles représentent une infrastructure naturelle essentielle, parfois fragile, dont dépend l’équilibre entre urbanisation, sécurité hydrique et préservation des écosystèmes.À en croire plusieurs analyses environnementales, la protection de ces cours d’eau ne peut reposer uniquement sur les institutions publiques ou sur les organisations spécialisées. Elle implique également l’engagement quotidien des communautés qui vivent à proximité de ces ressources.
Dans ce contexte, la Journée internationale d’action pour les rivières agit comme un moment de rappel collectif. Non pas une célébration symbolique de plus, mais une invitation à regarder autrement ces filets d’eau qui traversent les villes, irriguent les terres et soutiennent silencieusement la vie. Car préserver les rivières aujourd’hui, soulignent plusieurs acteurs environnementaux, revient aussi à protéger les générations qui, demain, dépendront encore de ces mêmes eaux pour boire, cultiver et vivre.
Par kilalopress