Le defenseur John Tuyenabu, secrétaire du Comité des anciens travailleurs et défenseur des droits environnementaux, a été tué à Kichang, dans une zone sous contrôle du M23, selon des sources locales. Son assassinat survient dans un contexte de fortes tensions liées à l’opposition communautaire à l’exploitation pétrolière du parc d’Ocidiviruka et à la fragilisation persistante de l’État de droit dans l’est de la RDC.
La nouvelle s’est diffusée avec une brutalité sourde dans les réseaux de défense communautaire de l’est de la République démocratique du Congo : John Tuyenabu n’est plus. Selon des sources locales concordantes, cet enseignant devenu figure centrale de la défense environnementale a été tué dans une zone de Kichang actuellement sous contrôle du M23. Les circonstances exactes du meurtre demeurent floues, mais l’émotion qu’il suscite dépasse largement le cadre d’un fait divers.
John Tuyenabu occupait la fonction de secrétaire du Comité des anciens travailleurs, une structure communautaire connue pour son engagement de longue date en faveur des droits fondamentaux des populations riveraines et de la protection de l’environnement. Ce comité s’était notamment illustré par une mobilisation citoyenne, matérialisée par des collectes de signatures, pour s’opposer à l’exploitation pétrolière envisagée dans le parc national de virunga. D’après nos recoupements, il participait régulièrement à des cadres de concertation avec les Nations unies, de grands concessionnaires et des représentants de l’État, plaidant pour un accès juste, équitable et responsable à la terre.
Dans cet espace militant, John Tuyenabu occupait une place singulière. Ancien instituteur, il était, selon plusieurs témoins, le seul membre du comité à maîtriser pleinement la lecture et l’écriture. Il avait renoncé à l’enseignement pour se consacrer à la défense de sa communauté, assurant la rédaction des correspondances, la tenue des archives et l’interface écrite avec les partenaires institutionnels. « Il aidait les autres à formuler leurs idées, à comprendre les enjeux, à se faire entendre », confie un acteur local du secteur, sous couvert d’anonymat.
Depuis 2008, le comité menait, avec l’appui de la ACEDH, un travail de fond sur la reconnaissance des droits des communautés locales, leur participation à la gestion et à la protection du parc national d’Ocidiviruka, ainsi que leur implication dans la résistance à l’exploitation pétrolière. Un processus long, jalonné de consultations répétées, mais aussi de tensions persistantes. À en croire plusieurs observateurs, cet engagement s’est accompagné pour John Tuyenabu d’un lourd tribut personnel : arrestations à répétition, pressions, et procédures judiciaires controversées.
Il avait été interpellé à plusieurs reprises dans le cadre de ses activités de défense des droits communautaires. La dernière arrestation s’était soldée par une condamnation à 20 ans de prison, prononcée peu avant l’entrée du M23 dans la ville de Goma. Parallèlement, une procédure visant un magistrat accusé de corruption dans ce dossier avait été engagée, sans que cela n’empêche, selon les mêmes sources, que les décisions de la juridiction militaire continuent d’être rendues.

L’assassinat de TUYENABO s’inscrit dans une série troublante. En 2023 déjà, Obedi Karafuru, président du même comité, avait été tué dans des circonstances similaires, au même endroit. Les deux hommes occupaient des positions stratégiques : l’un, signataire des accords avec de grands concessionnaires ; l’autre, détenteur de la mémoire écrite, des archives et des échanges formels du mouvement. « Ce sont des attaques ciblées, qui frappent le cœur organisationnel de la structure », estiment des sources proches du dossier.
Ces événements rappellent, une fois encore, la vulnérabilité extrême des défenseurs de l’environnement dans certaines régions de la RDC, en particulier au Nord-Kivu. Si la protection de la planète et des droits environnementaux est souvent présentée comme un impératif global, elle demeure, sur ce terrain précis, une activité à haut risque. Le contexte sécuritaire dégradé et l’absence, dénoncée par de nombreux acteurs, d’institutions judiciaires pleinement fonctionnelles accentuent ce sentiment d’impunité.
John TUYENABO laisse derrière lui une épouse et des enfants. Pour ses collègues et pour une partie des communautés locales, sa disparition représente bien plus qu’une perte individuelle : elle fragilise un combat collectif déjà éprouvé. Sans emphase militante, les faits posent une question lourde de sens : dans un territoire où les ressources naturelles attisent les convoitises et où la violence structure les rapports de force, quel espace reste-t-il pour une défense pacifique, documentée et communautaire de l’environnement ?
Par kilalopress