Mongala : l’ADIPAB accuse Booming Greem de violations graves, silence de l’entreprise et pression sur l’État

À Lisala, la dénonciation ne passe pas inaperçue. Dans une correspondance officielle datée du 20 avril 2026, l’Association pour le Développement Intégral des Peuples Autochtones Pygmées de Bongandanga (ADIPAB) a décidé de franchir un cap : interpeller directement les plus hautes autorités du pays sur des faits qu’elle qualifie de graves dans les forêts de la Mongala.

Au cœur des accusations : les activités de la société Booming Greem, active dans le territoire de Bongandanga, notamment dans les groupements de Mombeka, Lofongo, Bolaka et Yaofanga. Selon l’ONG, les constats de terrain dressent un tableau préoccupant, où exploitation forestière et respect des normes légales ne coïncideraient pas.

L’ADIPAB avance plusieurs griefs précis : exploitation sans titres valides ou en violation des autorisations, déforestation jugée incontrôlée, destruction d’habitats naturels et marginalisation des communautés locales, en particulier des peuples autochtones pygmées. À cela s’ajoute une accusation centrale : l’absence présumée d’étude d’impact environnemental conforme, pourtant obligatoire pour ce type d’activités.

C’est sur ce point que l’organisation ancre sa dénonciation dans le droit. Elle invoque la loi n°11/009 du 9 juillet 2011 sur la protection de l’environnement, rappelant que son article 21 impose une étude d’impact préalable pour tout projet susceptible d’affecter les écosystèmes. Elle mobilise également le principe de précaution (article 23), estimant qu’il aurait été ignoré.

Le Code forestier n’est pas en reste dans l’argumentaire. L’ADIPAB cite l’article 36, qui conditionne toute exploitation à la détention d’un titre valide, ainsi que l’article 44 sur le respect des plans d’aménagement forestier. En toile de fond, l’organisation rappelle que la Constitution congolaise, en son article 53, consacre le droit de chaque citoyen à un environnement sain.

À partir de ces éléments, l’ONG franchit une ligne accusatoire forte : si les faits sont confirmés, ils pourraient constituer non seulement des infractions, mais relever de véritables crimes environnementaux, engageant la responsabilité des auteurs sur les plans civil, administratif et pénal.

Mais face à cette charge, un vide persiste. Ni l’entreprise Booming Greem, ni les autorités compétentes n’ont, à ce stade, réagi publiquement. Un silence qui contraste avec la gravité des accusations et qui alimente, en creux, la pression exercée par l’ONG.

Car au-delà de la dénonciation, l’ADIPAB fixe un cap clair : ouverture d’enquêtes administratives et judiciaires, suspension éventuelle des activités en cause, vérification des titres d’exploitation et application stricte des sanctions prévues par la loi. En filigrane, c’est la crédibilité même du dispositif de gouvernance forestière qui est posée.

Sur le terrain, l’organisation évoque déjà des impacts visibles sur les écosystèmes et les conditions de vie des populations locales. Dans une région où la forêt constitue à la fois un espace de vie, de subsistance et d’identité pour les communautés autochtones, la question dépasse le simple cadre économique.

Cette affaire, désormais portée à l’échelle nationale et internationale, place les autorités face à une équation sensible : arbitrer entre exploitation des ressources, respect du droit et protection des populations. En attendant une éventuelle réaction officielle, une ligne de fracture se dessine clairement : celle qui oppose les alertes de la société civile aux pratiques d’une entreprise encore silencieuse.

Par kilalopress

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