À Bulungu, dans la province du Kwilu, plusieurs têtes d’érosion avancent vers les routes et quartiers résidentiels, détruisant maisons et infrastructures. Les autorités locales et la société civile alertent sur le risque d’isolement de la cité si aucune mesure urgente n’est prise.
À Bulungu, le sol se fissure et la cité vacille. Dans le quartier Ilunga, plusieurs familles découvrent avec effroi que leurs maisons ont été englouties par la terre, emportant avec elles des souvenirs, des biens et parfois des vies bouleversées. Même l’institut scolaire Muyombo, pilier de l’éducation locale, n’a pas été épargné. L’érosion, lente mais implacable, grignote la ville depuis l’intérieur, laissant entrevoir le spectre d’une cité isolée et dévastée.
Placide Mukwa, vice-président de la société civile de Bulungu, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, « la cité de Bulungu est en voie d’être totalement isolée ». D’après nos recoupements, au moins dix têtes d’érosion menacent désormais les principales voies de communication, fragilisant des axes vitaux pour l’approvisionnement, la santé et le commerce. La RN18, artère stratégique de la région, est particulièrement exposée. À sept et dix kilomètres de la ville, les villages de Kipuanga et Kiyaka voient des ravines avancer inexorablement vers la chaussée. Le risque : une rupture totale de cette liaison, privant des milliers d’habitants d’accès aux denrées de première nécessité et aux soins médicaux. La RN19, reliant Bulungu à Kikwit, n’échappe pas non plus à ce phénomène destructeur.
L’origine du désastre n’est pas seulement climatique. Les pluies torrentielles de la saison accentuent un processus déjà favorisé par la déforestation, l’absence d’infrastructures de drainage adaptées et une urbanisation souvent non planifiée. À Bulungu, comme dans de nombreuses régions du pays, la fragilité des sols révèle un déficit chronique de politiques de prévention des risques. Selon certains observateurs, ces dynamiques environnementales mettent en lumière les limites des interventions étatiques et des stratégies de planification urbaine.
La société civile de Bulungu ne se contente plus d’alerter : elle réclame des mesures urgentes pour consolider les voies et protéger les habitants. Derrière les termes techniques de « têtes d’érosion » se cache une réalité humaine saisissante : des familles contraintes à l’exode, des enfants privés d’école, des commerçants aux pertes irréversibles. Les plus vulnérables, toujours en première ligne face aux catastrophes naturelles, paient le prix fort de l’inaction.
Si rien n’est fait, Bulungu pourrait devenir un précédent inquiétant pour d’autres villes du Kwilu, voire pour d’autres provinces de la République démocratique du Congo. L’érosion y apparaît non seulement comme un enjeu géologique, mais comme un révélateur des inégalités et de la précarité face aux risques environnementaux. Le défi aujourd’hui est clair : transformer l’alerte en interventions concrètes, pour que la catastrophe n’emporte pas davantage de vies et ne fragilise pas durablement une communauté déjà vulnérable.
Par kilalopress