Kinshasa : Quand l’accès à l’eau devient un marché, 50 USD pour un droit de branchement à Ndjili

Le 2 octobre 2024, un événement marquant s’est déroulé à Kinshasa : dans le cadre de l’opération Kin Elenda, la Régie de distribution d’eau (Regideso), société de l’État en charge de la distribution d’eau, a lancé son programme de « branchements sociaux de desserte en eau à 50 USD ». Cette initiative, qui débute dans la commune de N’djili, est censée offrir un accès à l’eau potable aux couches les plus vulnérables de la population congolaise. Pourtant, derrière cette annonce se cache une réalité complexe, soulevant des interrogations cruciales sur la gestion des ressources en eau, l’équité d’accès et la pérennité du service public.

Pourquoi la Regideso a-t-elle fixé le coût de branchement à 50 USD, un montant qui peut paraître dérisoire dans certaines régions, mais qui reste élevé pour une grande partie de la population congolaise ? Alors que le directeur général, David Tshilumba, assure que le projet vise à desservir les 50 000 abonnés sélectionnés, nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger : qui sont réellement les bénéficiaires ? S’agit-il des plus démunis ou simplement d’une opération marketing destinée à redorer l’image d’une régie souvent critiquée pour son inefficacité ?

De plus, quel impact réel ce projet aura-t-il sur la santé publique dans un pays où l’accès à l’eau potable est synonyme de survie ? Les déclarations du bourgmestre de N’djili sur la réduction des maladies d’origine hydrique sont-elles fondées ? Loin de se limiter à un chiffre d’abonnés, la question de l’infrastructure et de la maintenance du réseau d’eau reste en suspens. Comment garantir que ces nouveaux abonnés recevront effectivement de l’eau potable en continu ?

Le discours de David Tshilumba met également en lumière un autre aspect troublant : l’obligation de paiement rapide des factures. Quid des ménages qui, même à 50 USD, pourraient peiner à s’acquitter de cette somme dans le délai imparti de huit jours ? La menace de coupure d’eau pour non-paiement soulève des inquiétudes quant à la durabilité de cette initiative. Est-ce vraiment la solution pour améliorer l’accès à l’eau ou simplement une nouvelle façon de monétiser un besoin fondamental ?

Le recours à des moyens de paiement modernes comme le paiement en ligne est présenté comme une avancée, mais n’oublions pas que l’infrastructure numérique est encore fragile en République démocratique du Congo. Qui est réellement en mesure de profiter de ces options de paiement ? Les populations marginalisées, qui sont supposées bénéficier de ce projet, disposent-elles des compétences et des outils nécessaires pour y accéder ?

Alors que la Regideso célèbre ce lancement comme un pas en avant vers l’accès à l’eau potable, les questions restent nombreuses et légitimes. Ce projet, aussi prometteur soit-il sur le papier, ne doit pas occulter les défis considérables qui persistent. L’eau, droit fondamental, devrait être accessible à tous sans conditions financières restrictives. En fin de compte, cette opération ne pourrait-elle pas n’être qu’un habillage marketing pour masquer une gestion défaillante des ressources en eau en RDC ? Les autorités doivent répondre à ces questions urgentes pour que l’accès à l’eau potable ne demeure pas un privilège, mais un droit effectif pour chaque Congolais.

Kilalopress

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