Kinshasa : Des manœuvres dilatoires menacent la justice dans l’affaire du juge Bulaimu Lazar Amsini

Depuis août 2023, le dossier opposant le défenseur environnemental Ndesho Kabwene Josué au juge Major Bulaimu Lazar Amsini stagne devant la Haute Cour Militaire. L’ACEDH et les organisations de la société civile dénoncent des blocages, la mort de plusieurs acteurs et appellent à l’intervention urgente du Premier Président.

L’alerte est grave. L’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits Humains (ACEDH), au nom de plusieurs organisations de la société civile œuvrant dans la protection environnementale et sociale, tire la sonnette d’alarme sur le traitement scandaleusement lent et opaque du dossier RPP 10/023. Ce dossier oppose le défenseur climatique et foncier Ndesho Kabwene Josué au juge Major Bulaimu Lazar Amsini, président du Tribunal Militaire de Garnison de Goma. Selon la note transmise au Premier Président de la Haute Cour Militaire, le dossier déposé au greffe dès août 2023 n’a été fixé pour plaidoirie que deux ans plus tard, en 2025, après de nombreuses manœuvres suspectes destinées à protéger le magistrat incriminé. Même l’intervention personnelle du Premier Président et de son Directeur de Cabinet n’a pas suffi à accélérer l’instruction.

Ces retards ne sont pas que bureaucratiques : ils ont coûté la vie à plusieurs défenseurs. Obedi Karafuru, président du comité des anciens ouvriers de la SICIA et membre actif avec Kabwene dans les discussions sur les concessions forestières, a été assassiné en 2023. Plus récemment, Ntuyenabo Habimana John, secrétaire du même comité et co-prévenu dans le dossier RPA 1108, a été tué le 12 janvier 2026 près de Kitshanga, une zone contrôlée par le M23.

L’ACEDH rappelle également que cette affaire a été auparavant en appel devant la Cour Militaire du Nord-Kivu sous le dossier RRJ 095, qui avait renvoyé le RPA 1108 devant la Cour Militaire du Sud-Kivu. Les organisations dénoncent la suspicion légitime née de ces manœuvres dilatoires et le risque que des “mains noires” influencent les décisions des Hauts Magistrats, protégeant ainsi un juge compromis. Le dossier concerne des enjeux cruciaux : droits fonciers, sécurité des défenseurs, responsabilité climatique et positionnement géostratégique de la RDC. Selon ACEDH, les manœuvres de protection du juge mettent en danger une communauté de plus de 36 000 personnes contraintes d’errer dans la nature au bénéfice de grands concessionnaires puissants, financièrement, politiquement et militairement.

La note insiste sur l’urgence de l’intervention personnelle du Premier Président de la Haute Cour Militaire et appelle toutes les autorités en copie à user de leurs compétences pour garantir un verdict rapide et juste. Les organisations dénoncent avec force toute tentative de retardement et exigent que le dossier connaisse enfin son issue, conformément à la loi et aux droits du défenseur environnemental et foncier Ndesho Kabwene Josué. Pour ACEDH et ses partenaires, cette affaire est un test de crédibilité pour la justice congolaise : rester sourd aux manœuvres dilatoires et aux assassinats de défenseurs envoie un message clair d’impunité et de complicité avec les puissants. La société civile ne restera pas silencieuse et demande justice immédiate et transparente.

Par kilalopress

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