Au Nord Kivu, une audience a été tenue mettant en lumière le cas de deux écogardes engagés dans une lutte acharnée contre l’envahissement du Parc National de Virunga, sa déforestation, ainsi que leur combat contre l’exploitation pétrolière dans ledit parc.
L’audience du 23 mai 2024, dans la ville de Goma, concernait les poursuites de ces écogardes et sont liées à la sauvegarde du parc de Virunga et à leurs actions pour stopper l’envahissement et la déforestation du Parc national de Virunga vers Nzulo, où l’implication de plusieurs politiciens, acteurs judiciaires, services de renseignement et militaires est supposée. Ils ont été accusés de lourdes charges, notamment d’assassinat, de pillage, de vol et d’autres accusations pouvant aller jusqu’à la condamnation à des peines de mort.

Les prévenus, Mugaruka Katembo Rodrigue, conservateur et directeur adjoint du Parc, responsable des activités liées à la conservation et à l’application de la loi, et son coéquipier Bahati Lukoo Emmanuel, anciennement chef de secteur sud du Parc de Virunga et actuellement directeur adjoint du Parc National de Kahuzi-Biéga, sont tous deux accusés de meurtre, d’incendie volontaire, de pillage et de destruction malveillante, selon les notifications de la Cour Militaire du Nord Kivu. Les deux éco-gardes, y compris leur directeur du parc national de Virunga, Emmanuel Demeraude, se sont impliqués à plusieurs reprises pour lutter en faveur de la protection de ce patrimoine et ont été arrêtés.
Des voix s’élèvent pour contester la validité de ces accusations, affirmant qu’elles sont montées de toutes pièces, relevant de deux infractions supposées : le vol et le pillage de plus de 700 sacs de ciment, dont la destination reste floue, puisqu’aucune quincaillerie n’est répertoriée à Nzulo, lieu présumé dans l’acte d’accusation. De plus, les quantités de ciment et de tôles impliquées soulèvent des interrogations sur la logistique du transport de ces biens. Du côté des victimes, les écogardes, on plaide simplement pour le respect de la loi du parc, soulignant que les prétendues maisons détruites se trouvaient soit à l’intérieur du Parc de Virunga, soit en dehors. Ces éléments laissent planer le soupçon sur d’éventuelles complicités de certaines autorités et militaires, d’autant plus que Monsieur Lukoo avait déjà alerté sur une tentative d’assassinat à son encontre avant même son interpellation judiciaire.

Dans ce contexte tendu, des soutiens se manifestent en faveur des écogardes. À travers un programme développé par l’Association Congolaise pour l’Écologie et les Droits de l’Homme (ACEDH) et ses partenaires dont, Global Climate Legal Défense (CLIDEF), qui ont un programme a l’appuis aux defenseurs climatique parmi les quels les deux éco-gardes, les cinq autres éco-gardes ci-haut cité et bien d’autres defenseurs climatique en RDC. Ensemble avec le cabinet Virunga, ils apportent leur appui à ces défenseurs climatiques, victimes de poursuites judiciaires singulières relevant d’une gymnastique juridique décourageante pour leur engagement quotidien dans la protection de l’environnement, la lutte contre la déforestation, ainsi que la préservation des aires protégées contre l’exploitation pétrolière et minière.

L’audience a été renvoyée au 5 juin 2024 pour la poursuite de l’instruction de l’affaire. Mais en attendant ,l’ACEDH, appelle tous les acteurs et autorités à tous les niveaux à suivre de près ces cas de criminalisation, de plus en plus répandus en RDC à l’encontre des défenseurs du climat. Car, sans ces derniers, un monde résilient face aux urgences climatiques demeure hypothétique, voire impossible.
Par Franck Zongwe Lukama