Ce jeudi 13 février 2025, un atelier de restitution des résultats de l’étude sur l’économie politique de la foresterie communautaire en Afrique centrale s’est tenu en visioconférence entre le Cameroun, le Gabon et la République Démocratique du Congo (RDC). Cette étude, pilotée par le Consortium SAILD-CIFOR-IRAF-APEM dans le cadre du programme RESSAC et financée par l’Union européenne, avait pour but d’évaluer l’impact de vingt années de foresterie communautaire sur les populations rurales et l’utilisation durable des ressources forestières.
La foresterie communautaire a été introduite en Afrique centrale comme un modèle de gestion décentralisé visant à impliquer directement les populations locales dans la conservation et l’exploitation durable des forêts. Si les législations des pays forestiers de la sous-région, à l’instar de la RDC, du Cameroun et du Gabon, ont intégré ce modèle, son impact réel reste sujet à débat. L’ouverture de l’atelier a été marquée par des interventions clés des membres du Consortium représentant le Gabon et la RDC, suivies du mot du CIFOR et du représentant général du Consortium. Ces discours ont souligné l’importance de la coopération régionale et des données précises pour une gestion efficace des forêts.
« Les plus grands résultats après l’étude, la plus grande conclusion que je peux tirer, c’est que d’après les objectifs qui ont été fixés par la stratégie nationale sur la Forestierie communautaire, le premier objectif qui a été atteint pendant les cinq années d’observation, c’est la sécurisation des terres. Mais en ce qui concerne les changements des conditions de vie, c’est encore quelque chose qu’il faut travailler dessus, parce que ça demande beaucoup de temps et beaucoup de moyens, et jusque-là, ce n’est pas encore très fait, ce n’est pas très efficace sur le terrain.D’après mon observation, je pense que la base de tout ça, c’est la complexité du cadre à l’égard, parce que sur le terrain, il n’y a pas assez d’expertise. Je dirais que la première des choses à faire, c’est revoir le cadre à l’égard, voir comment on peut l’alléger afin de permettre aux communautés d’accéder assez facilement au processus. » Déclare Bijoux M’VUGE YEKOLA Master ayant participer au collecte de données pour le compte de APEM en RDC.

Les experts ont ensuite dévoilé les rapports nationaux du Cameroun, du Gabon et de la RDC, avant d’introduire une ébauche du rapport de synthèse sous-régional. Cette présentation a permis de comparer les réalités forestières des trois pays et d’identifier des approches communes aynt faciliter l’atteinte des resultats pour renforcer la gestion durable des CFCLs. L’étude a permis d’identifier des avancées, notamment l’implication des communautés dans la gestion des forêts et le maintien du couvert forestier. Toutefois, les bénéfices économiques attendus pour les populations restent limités. Plusieurs obstacles entravent une mise en œuvre efficace : difficultés d’accès au financement, manque d’expertise locale, et absence de mécanismes adaptés pour garantir un partage équitable des revenus issus de l’exploitation forestière.
En RDC, la foresterie communautaire a été mise en place via une approche multi-acteurs avec une phase expérimentale de cinq ans (2018-2023). Cette phase visait à tirer des leçons des expériences de terrain afin d’affiner les stratégies d’implémentation. Cependant, l’étude révèle que les impacts économiques restent à prouver. Les communautés ayant opté pour l’agriculture de rente et l’agroforesterie commencent à générer des revenus, mais il faudra encore plusieurs années pour évaluer la viabilité financière à long terme.
Par ailleurs, la collecte de données a été entravée par des contraintes structurelles, notamment la nouveauté du processus et le manque de concessions communautaires suffisamment anciennes pour mesurer les résultats avec précision. Malgré ces limites, l’étude pose les jalons d’une amélioration du modèle. Une évaluation globale de la foresterie communautaire en RDC pourrait permettre d’affiner les objectifs et d’optimiser la gestion des concessions forestières communautaires (CFCL). Il s’agira notamment d’analyser en profondeur les modalités de financement, les mécanismes de redistribution des revenus et l’efficacité des appuis institutionnels.
Selon Bernard Adibou, directeur du programme APEM, « la foresterie communautaire représente une opportunité pour les populations rurales, mais l’accès aux bénéfices reste limité. Pour que ce modèle fonctionne, il est indispensable de renforcer les capacités des communautés, d’assurer un meilleur accompagnement technique et de garantir une gouvernance transparente des ressources forestières ».
Cet atelier de restitution organiser par le consurtium SAILD-CIFOR-IRAF-APEM dans le cadre du programme RESSAC s’est achevé sur un appel à poursuivre la recherche et à mettre en place des politiques plus inclusives afin que les populations locales deviennent réellement les principaux bénéficiaires de la foresterie communautaire en Afrique centrale.
Par Franck zongwe lukama