Kolwezi : AFREWATCH forme les communautés locales à défendre leurs droits face aux projets miniers

Il faisait encore frais ce matin du 11 juillet à Kolwezi. Sur les visages des leaders communautaires venus des coins les plus reculés du Lualaba, on lisait autant la fatigue du voyage que la tension d’une attente longtemps refoulée. Ce jour-là, ils ne sont pas venus quémander. Ils sont venus apprendre. S’armer. Résister. C’est dans une salle modeste, mais chargée d’espoir, que l’association AFREWATCH a lancé un atelier crucial sur les droits humains dans le secteur minier. En apparence, une simple formation. En réalité, un acte de résistance citoyenne contre l’un des fléaux les plus insidieux de la transition énergétique mondiale : l’injustice minière.

Car derrière chaque batterie de voiture électrique vendue à Londres ou chaque smartphone flambant neuf à Tokyo, se cache une vérité dérangeante : les terres congolaises, riches en cobalt, cuivre et lithium, sont devenues le théâtre silencieux d’un sacrifice humain. Et les communautés qui les habitent, souvent invisibilisées, en paient le prix fort.

À Kolwezi, ce ne sont pas les chiffres qui manquent. Ce sont les voix. Celles des familles délocalisées sans préavis, des enfants privés d’école parce que leur village a été rasé pour faire place à une nouvelle concession minière, des paysans devenus déplacés internes sur leur propre sol. Pourtant, la Constitution de la RDC, en son article 58, est claire : « Toute personne a droit à un environnement sain et favorable à son épanouissement intégral. » Et le Code minier, dans ses articles 277 à 281, encadre strictement les procédures de délocalisation et d’indemnisation. Mais sur le terrain, entre la loi et la réalité, s’ouvre un gouffre que les creuseurs ne sont pas les seuls à connaître.

C’est ce gouffre qu’AFREWATCH tente de combler. Pendant trois jours, les leaders communautaires reçoivent les outils pour comprendre leurs droits, reconnaître les violations, interpeller les autorités et même engager des recours. « Il est crucial que les communautés soient conscientes de leurs droits et des mécanismes légaux qui les protègent », a martelé le coordinateur du programme. Et cette phrase n’était pas une formule. Elle était un avertissement.

Car à mesure que la transition énergétique s’accélère, le pillage s’intensifie. Les cartes minières s’élargissent, les permis d’exploitation se multiplient, mais les vies humaines, elles, se rétrécissent. Le développement ne peut pas continuer à signifier le déplacement, l’humiliation et l’appauvrissement. Il est temps de changer de paradigme.

Les témoignages lors de cette formation ont parfois brisé le silence imposé par la peur. Comme celui de Mama Thérèse, veuve et mère de sept enfants, chassée de son village de Mulumbu en 2023 : « On nous a dit de partir. On nous a promis des maisons. Deux ans plus tard, je dors encore sous une bâche. » Ces récits ne doivent plus être des anecdotes. Ils doivent devenir des preuves. Et surtout, des déclencheurs d’action.

En dotant les communautés locales de connaissances juridiques et d’outils de plaidoyer, AFREWATCH redonne aux populations leur voix, leur pouvoir, leur légitimité. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer, mais de revendiquer, de dialoguer d’égal à égal avec les entreprises et les autorités, et d’exiger un développement minier qui soit au service des congolais – pas à leurs dépens.

Le courage ne suffit pas face aux multinationales et aux complicités locales. Il faut aussi du droit, de la stratégie, du réseau. Et c’est là toute la portée militante de cette formation. Ce n’est pas une initiative isolée, c’est une semence d’avenir. Elle répond à un besoin criant : celui de transformer la souffrance communautaire en force collective.

À Kolwezi, sous la poussière rouge de la terre éventrée, un autre avenir est encore possible. Un avenir où les communautés ne seront plus expulsées, mais consultées. Où elles ne seront plus spectatrices, mais actrices. Où la richesse du sous-sol ne sera plus une malédiction, mais une promesse.

Et si cette promesse commence par une salle de formation, par un livret de lois expliqué en swahili, par une prise de parole libérée… alors, elle mérite d’être entendue, soutenue, financée, relayée. Les bailleurs de fonds, les décideurs politiques, les autorités minières, mais aussi chaque citoyen africain, doivent entendre cet appel. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de mines. Il s’agit de justice, de dignité, de mémoire. Et, au fond, de ce que nous voulons vraiment faire de notre continent.

Par kilalopress

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