RDC : plus de 3 milliards de dollars détournés par 44 entreprises minières, selon la Cour des comptes

Tout commence par un vide. Un vide réglementaire. Un vide de contrôle. Un vide de volonté politique. Dans les zones d’exploitation minière de la République démocratique du Congo, des dizaines d’entreprises extraient chaque jour du cuivre, du cobalt, de l’or ou encore du zinc — sans être soumises à aucun mécanisme de surveillance public structuré. En violation flagrante du Code minier congolais, ces sociétés opèrent sans la présence obligatoire d’un organisme spécialisé, pourtant destiné à contrôler leur production, vérifier leurs chiffres d’affaires, et garantir la redistribution équitable des revenus générés. Résultat : des milliards de dollars censés entrer dans les caisses de l’État disparaissent, sans laisser de trace.

La Cour des comptes de la RDC a documenté ce scandale dans un rapport explosif. Ce document, que ses auteurs qualifient eux-mêmes de « constat alarmant », révèle que plus de 44 entreprises minières doivent à l’État des sommes colossales en redevances, dotations et autres contributions légales non versées. Les raisons avancées ? Minoration volontaire des chiffres d’affaires, refus de transmettre les données officielles, perception illégale de fonds publics. Une architecture de fraude parfaitement rodée. Parmi les sociétés pointées du doigt figurent RUASHI MINING, KINSENDA COPPER COMPANY, CHEMAF, FRONTIER, TFM, LAMIKAL, KCC, KIMIN, SICOMINES, KAMOA, COMIKA… toutes actives, toutes connues, et pourtant laissées hors de tout contrôle rigoureux. Ce ne sont pas des acteurs de l’ombre : ce sont les piliers du secteur extractif national.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le Comité de Supervision a recensé plus de 63 entreprises minières actuellement en phase d’exploitation sans aucun organisme spécialisé opérationnel, alors que la loi exige une présence permanente de ces structures dès le début des activités. Autrement dit, ces sociétés fonctionnent hors-la-loi, souvent en toute impunité. Parmi elles : KIPUSHI MINING, ANVIL MINING, SODIMICO, GECAMINES, MIBA, LUALABA MINING, LUILU RESSOURCES, et d’autres. Ce mécanisme d’évasion massive n’est pas une simple anomalie administrative. Il constitue une ponction directe sur les ressources publiques, un vol méthodique organisé à l’échelle industrielle, au détriment des Congolais. Car derrière les chiffres froids se cache une réalité implacable : des millions de citoyens appauvris pendant que des milliards s’envolent vers des paradis fiscaux ou des comptes opaques.

“Nous voyons les camions passer tous les jours. Ils emportent notre sol, mais ne laissent rien derrière. Pas même une route réparée,” lâche Maman Mbayo chantal, habitante de l’un de village adossé à l’une des plus grosses mines du Lualaba. Un témoignage, parmi tant d’autres, qui illustre le paradoxe tragique d’un pays riche en ressources mais pauvre par abandon. Dans ces régions minières, les écoles tombent en ruine, les centres de santé n’ont ni médicaments ni personnel, et les infrastructures vitales restent inexistantes. Pendant ce temps, les convois miniers, souvent escortés, quittent les sites à un rythme effréné, sans jamais s’arrêter pour réparer ce qu’ils détruisent.

Cette situation est une violation manifeste de la Constitution congolaise, notamment de l’article 9, qui stipule que les ressources naturelles appartiennent à l’État et doivent profiter au bien-être collectif. Elle constitue aussi une transgression du Code minier, dont les prescriptions sont devenues, pour beaucoup d’acteurs, une simple formalité décorative. Le silence des institutions, leur inaction face à des entreprises qui opèrent sans transparence, équivaut à une trahison des principes républicains. Car ce qui est en jeu ici dépasse les pertes économiques : il s’agit d’un effondrement systémique, d’un abandon total de la souveraineté nationale sur les ressources du sous-sol.

La responsabilité est multiple. Les sociétés minières fautives doivent être poursuivies. Mais l’État congolais, par son inertie ou sa complaisance, est également comptable de ce désastre. Il est temps d’exiger, sans concession, l’application intégrale de la loi : la mise en place des organismes spécialisés dans toutes les entreprises en exploitation, la récupération des fonds dus, et la sanction des contrevenants. Car le scandale n’est plus seulement financier : il est écologique, social, humain. Il empoisonne les rivières, détruit les terres arables, brise les communautés rurales. Il affame un peuple pendant qu’une minorité prospère. Et il inscrit, chaque jour un peu plus, le nom de la RDC dans la liste des nations dépossédées de leur avenir. Face à cette situation, une seule réponse est possible : rétablir l’ordre, faire respecter la loi, et restaurer la justice. Le peuple congolais ne demande pas l’aumône : il exige de bénéficier enfin des richesses que son sol offre au monde entier.

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *