La République démocratique du Congo abrite « plus de 60 % des forêts du bassin du Congo », le deuxième massif tropical le plus vaste au monde après l’Amazonie. Un poids écologique considérable, que Kinshasa continue de mettre en avant dans les négociations climatiques internationales, alors même que les financements tardent à suivre. Invité sur BBC Africa, Tosi Mpanu Mpanu, conseiller principal du président congolais en charge de l’environnement, est revenu sur les enjeux, les avancées récentes et les paris encore fragiles de la diplomatie climatique congolaise.
Interrogé sur les principaux défis de la dernière conférence climat, le conseiller présidentiel replace d’emblée les discussions dans un contexte international « caractérisé par divers conflits ». À cela s’est ajoutée, selon lui, une difficulté politique majeure : la décision des États-Unis de se retirer de l’Accord de Paris. Dans ce climat incertain, le pays hôte, le Brésil, s’était fixé trois priorités : « restaurer la primauté du multilatéralisme », « mettre l’Accord de Paris en contact avec la vie réelle des populations » et « accélérer l’action climatique » en mobilisant États, institutions et autres acteurs capables de la financer.
Pour la RDC, la question centrale reste celle du financement. « Depuis plusieurs années, la RDC apporte ce qu’elle a comme ressource, mais les financements ne suivent pas », rappelle Mpanu Mpanu. À ses yeux, trois éléments marquent toutefois une évolution.
Le premier est le lancement par le Brésil du Tropical Forest Forever Facility, un mécanisme destiné à mobiliser, à long terme, 125 milliards de dollars pour stabiliser la couverture forestière des pays tropicaux humides, dont la RDC. Une part importante de ces fonds devrait bénéficier directement « aux populations locales, aux communautés et aux peuples autochtones, premiers gardiens de la forêt ». Kinshasa a officiellement soutenu cette initiative.
Deuxième avancée : l’appel de Belém pour les forêts du bassin du Congo. Dans le cadre du Partenariat pour les forêts du bassin du Congo, placé sous l’égide de la France, plusieurs bailleurs se sont engagés à mobiliser environ 2,5 milliards de dollars sur cinq ans. La RDC, qui concentre la plus grande part de ces forêts, « a vocation à recevoir une part importante » de ces financements.
Enfin, le fonds de réponse aux pertes et préjudices, créé lors de la COP27 et rendu opérationnel à la COP28 à Dubaï, commence à prendre forme. Il affiche aujourd’hui « environ 800 millions de dollars d’engagements, dont 400 millions de dollars réels ». Un montant encore modeste au regard des besoins, mais que Kinshasa considère comme un signal politique.
Au-delà des mécanismes financiers, la RDC mise aussi sur des projets structurants. Le corridor vert Kivu-Kinshasa, initiative présidentielle, est présenté comme « une réponse » à la crise climatique. L’ambition est de créer « la plus grande aire terrestre protégée au monde », soit 540 000 km², incluant 100 000 km² de forêts primaires intactes.
Le projet promet également des retombées socio-économiques : environ 500 000 emplois directs et indirects, dont 20 000 destinés à la réintégration d’anciens combattants. Les autorités espèrent finaliser une « preuve de concept » d’ici 2026, avant une éventuelle reproduction le long du fleuve Congo.
Reste une interrogation persistante : l’insécurité dans certaines régions du pays n’est-elle pas un frein aux financements climatiques ? Mpanu Mpanu répond sans détour. « En RDC, il n’y a jamais de bon moment pour investir », dit-il aux partenaires hésitants. Attendre une stabilité parfaite serait, selon lui, laisser la place à d’autres acteurs : « quand vous verrez un peu de lumière et que vous viendrez, d’autres auront déjà pris votre place ». Entre promesses internationales, projets phares et réalités sécuritaires, la stratégie climatique de la RDC reste donc suspendue à une équation délicate : transformer son immense capital forestier en financements concrets, sans lesquels la protection de ce patrimoine mondial demeure fragile.
Par kilalopress