Kinshasa, 7 novembre 2025-Au Collège Boboto, en plein cœur de Kinshasa, une atmosphère de gravité et d’espérance a marqué, ce vendredi 7 novembre, la clôture de la Journée nationale de réflexion sur la reconnaissance du génocide congolais et la réparation des victimes, organisée par l’Association nationale des victimes du Congo (ANVC). Ce rendez-vous citoyen a rassemblé victimes, parlementaires, juristes et chercheurs autour d’un même mot d’ordre : faire passer la mémoire et la justice du symbolique à l’action.
Dès les premières heures, le ton était donné : dignité, mémoire et unité. Le président de l’ANVC a ouvert les travaux en soulignant que « la reconnaissance sans réparation reste une blessure ouverte dans la conscience nationale ». Les débats se sont ensuite articulés autour de quatre thématiques centrales , reconnaissance politique, bilan des violations, justice transitionnelle et fondement légal, abordées par des experts de haut niveau.
Le député national Alidos Tshitoko, élu du Kasaï-Central, a détaillé la procédure parlementaire visant à reconnaître le génocide congolais, insistant sur le rôle clé du législatif dans la qualification des crimes de masse. Le président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Paul Nsapu, a dressé un bilan sévère des violations graves et persistantes des droits humains à travers le pays, appelant à une véritable rupture avec l’impunité. De son côté, le professeur Serge Makaya, spécialiste de la justice transitionnelle, a plaidé pour que cette reconnaissance devienne un pilier structurel de la réparation, tout en rappelant que « la paix durable ne peut naître que d’une vérité assumée et d’une justice équitable ». Enfin, Me Christelle Kanzaye Mwema, avocate et porte-parole de l’ANVC, a mis en lumière « le cri des victimes » dans le droit congolais, dénonçant les lacunes des dispositifs actuels et la lenteur dans l’application des textes.
Dans son intervention, Me Kanzaye Mwema a insisté sur la nécessité de s’approprier la reconnaissance nationale et internationale du génocide congolais, tout en précisant que ce combat dépasse la seule région de l’Est :
« Ce n’est pas une affaire régionale, c’est une question nationale. Tous les Congolais sont concernés, car tous, d’une manière ou d’une autre, ont été victimes de la violence et du déni. »
Elle a aussi dénoncé les dérives autour de la « fausse victimisation » et appelé à un recensement rigoureux des véritables victimes, afin d’éviter que les futures réparations soient détournées au profit de ceux qui n’ont pas souffert des atrocités. Le professeur Makaya, dans un exposé magistral, a pour sa part expliqué les cinq piliers de la justice transitionnelle — vérité, justice, réparation, garanties de non-répétition et mémoire — avant de rappeler qu’« un peuple qui ignore son histoire est condamné à la revivre ». Il a salué la volonté politique actuelle du gouvernement congolais, tout en avertissant :
« La volonté seule ne suffit pas. Il faut des mécanismes concrets, un calendrier et des indicateurs mesurables pour que la réparation cesse d’être une promesse et devienne un droit. »
Les travaux en groupes ont permis d’élaborer une feuille de route ambitieuse, adoptée en fin de journée. Parmi les principales recommandations :
l’accélération des procédures d’indemnisation et la mise en œuvre effective du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV), institué par la loi n°22/065 de décembre 2022 ;
la participation active des victimes aux instances de décision et de suivi ;
la sensibilisation nationale pour identifier et enregistrer chaque victime ;
et la mise en place d’un plan national de réparation doté de moyens financiers concrets.
L’événement s’est clôturé sur une note de gravité et de responsabilité partagée. Pour l’ANVC, la reconnaissance du génocide congolais n’est plus une option politique mais une exigence morale et juridique. Elle représente un préalable essentiel à la réconciliation nationale et à la reconstruction d’une société fondée sur la dignité humaine.
« La réparation ne doit plus être un concept administratif, mais un acte de justice », a résumé l’un participant. « Ce combat doit être écrit avec l’encre de la justice et de la dignité humaine. » Alors que les séquelles des conflits continuent de hanter l’Est du pays, cette journée aura rappelé une vérité fondamentale : sans justice pour les victimes, il ne saurait y avoir de paix durable au Congo.