Du 3 au 14 mars 2026, des universitaires, responsables publics et chercheurs se réuniront à Kinshasa autour de la stabilisation macroéconomique, de la croissance inclusive et de la transition verte, lors d’un colloque académique et d’un lancement de formation scientifique. L’initiative vise à interroger la transformation locale des ressources et le rôle du génie scientifique national dans le développement durable, selon les organisateurs.
L’ouverture solennelle du colloque, marquée par une procession académique et une prière inaugurale, rassemblera des figures de l’université et de l’Église. Mais au-delà du cérémonial, l’attention se porte surtout sur la conférence inaugurale confiée à Daniel Mukoko Samba, Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale. Selon des observateurs, son intervention est attendue comme un cadrage politique des débats : stabilité budgétaire, gestion des cycles économiques, transformation structurelle d’une économie encore largement dépendante de l’exportation brute de ses ressources. Reste une interrogation de fond : comment ces concepts macroéconomiques se traduiront-ils dans la vie quotidienne des petits producteurs agricoles, des artisans et des communautés rurales qui constituent l’ossature invisible de l’économie congolaise ?
Les échanges annoncés pour la première journée prolongent cette tension entre rigueur technique et réalités sociales. André Wameso Nkualoloki, gouverneur de la Banque centrale du Congo, doit analyser la stabilité budgétaire et fiscale comme socle d’une croissance inclusive. À en croire certaines analyses, ce discours arrive dans un contexte où la stabilité monétaire, souvent invoquée, peine encore à se traduire par un meilleur accès au crédit pour les petits paysans ou par une protection effective contre l’inflation des denrées de base. Les contributions académiques qui suivront – sur la protection sociale, la transition entre stabilité conjoncturelle et capacité réelle de stabilisation, ou encore sur les politiques de développement comparées – enrichissent le débat, mais laissent en suspens une question centrale : qui supporte réellement le coût de la stabilisation en RDC ?
Le deuxième jour, consacré à la croissance inclusive et au développement durable, promet d’aborder frontalement les instruments de fiscalité et de contrôle des finances publiques. Les intervenants passeront au crible les dispositifs existants et leurs performances. D’après nos recoupements, ces discussions pourraient révéler un décalage persistant entre les ambitions affichées et la faiblesse des mécanismes de redistribution en faveur des territoires ruraux et des économies locales. L’inclusion économique, souvent invoquée, se heurte encore à la concentration des bénéfices de la croissance dans quelques pôles urbains et secteurs extractifs.

Le 5 mars 2026, la troisième journée entend faire le lien entre théorie et mise en œuvre. Les panels annoncés abordent l’autonomisation économique des femmes, l’inclusion financière des entreprises africaines, mais aussi les innovations stratégiques face aux défis climatiques. La question des métaux stratégiques et de la numérisation des économies y sera débattue, tout comme la gouvernance des données environnementales. C’est dans ce cadre que Bahati, ministre déléguée à la Nouvelle Économie du Climat, doit présenter les perspectives des énergies renouvelables dans la transition économique. Son intervention est particulièrement attendue. Car au-delà des projections et des discours, de nombreuses communautés vivant à proximité des sites miniers ou agricoles se demandent encore comment cette « nouvelle économie du climat » protégera concrètement leurs terres, leurs eaux et leurs moyens de subsistance. Comment garantir, Madame la Ministre, que la transition verte ne reproduira pas les logiques d’extraction et d’exclusion du passé ? Et quelles garanties pour que le petit paysan, souvent premier gardien des écosystèmes, ne soit pas le grand oublié de cette transformation ?
En parallèle du colloque, le lancement à l’INRB de la formation aux métiers de valorisation des innovations scientifiques ambitionne d’ancrer la recherche dans le tissu économique. Sous la direction du professeur Antoine Tshimpi Wola, l’IGSC souhaite installer des startups académiques, des cellules de valorisation et, à terme, des unités industrielles issues des résultats de recherche. Selon des acteurs du secteur, cette initiative pourrait constituer un levier important, à condition que les savoirs locaux et les besoins des territoires – agriculture paysanne, gestion durable des forêts, énergies décentralisées – y trouvent une place réelle, et non périphérique.
Au-delà de l’agenda académique, cette séquence de mars 2026 met en lumière un moment de vérité pour les décideurs publics. La stabilisation macroéconomique et l’industrialisation verte ne peuvent rester des abstractions technocratiques. Elles engagent des choix politiques clairs : soutenir les initiatives provinciales qui renforcent les communautés locales, protéger le petit paysan face aux chocs climatiques, et faire de la transformation locale des ressources un outil de justice sociale autant que de croissance. À Kinshasa, le débat s’annonce intense. Reste à savoir si, au sortir de ces rencontres, les paroles entendues dans les amphithéâtres et les salles de conférence trouveront un prolongement tangible dans les champs, les marchés et les territoires où se joue, chaque jour, l’avenir écologique et économique de la République démocratique du Congo.
Par Asani Musungayi