Kinshasa assiste une fois de plus à une opération de « retour à la norme » menée au pas de charge par l’Hôtel de Ville. Bulldozers et marteaux-piqueurs s’acharnent au Rond-point Ngaba pour dégager des « espaces publics » destinés à de futurs parkings. Sur le papier, la mesure paraît salutaire : désengorger la circulation, prévenir les inondations, restaurer des écosystèmes fragiles. Mais la réalité du terrain révèle une autre histoire – celle d’une capitale qui confond vitesse d’exécution et véritable planification environnementale.
Aucun document officiel n’atteste que l’opération ait été précédée d’une étude d’impact environnemental, pourtant exigée par la loi congolaise avant tout projet d’aménagement. Ce n’est pas un cas isolé. À travers Kinshasa, des routes, des échangeurs et des parkings surgissent avant même que les poussières de l’évaluation scientifique n’aient eu le temps de se poser. Résultat : poussières permanentes, maladies respiratoires en hausse, embouteillages déplacés plutôt que résorbés.
En niant ces préalables, la ville s’expose à une double peine. D’une part, elle fragilise ses sols et ses cours d’eau : des remblais anarchiques modifient les écoulements, accentuant les risques d’inondation qu’on prétend justement combattre. D’autre part, elle entretient un désordre urbain chronique : circulation déviée sans plan global, nuisances sonores et poussiéreuses étouffant les quartiers voisins.
Le ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba, parle de « restauration de la biodiversité » et de « fluidification du trafic ». Des termes séduisants, mais qui sonnent creux sans inventaire faunique, sans mesures de compensation, sans calendrier clair de reboisement. À ce rythme, les parkings promis risquent de n’être qu’un nouvel asphalte stérile dans une ville déjà minée par les îlots de chaleur.

Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants, ne peut plus se contenter de coups de force médiatiques. Les démolitions expéditives donnent l’illusion d’un ordre retrouvé, mais elles masquent l’absence d’un schéma directeur écologique. Sans plan de mobilité intégrant transports en commun, corridors verts et gestion des eaux pluviales, les « solutions » actuelles ne font que repousser les problèmes. Le véritable chantier reste donc invisible : imposer, avant la première pelletée, une rigoureuse étude d’impact environnemental. Tant que la capitale se refusera à cette discipline, chaque mètre carré libéré au bulldozer ne sera qu’un mirage de modernité, au prix d’un désordre écologique durable.
Par kilalopress