Washington se retire de la gouvernance climatique mondiale

Le 7 janvier 2026, le président américain Donald J. Trump a ordonné le retrait des États-Unis de nombreuses organisations, conventions et programmes internationaux liés notamment au climat, à la biodiversité et à l’énergie, jugés contraires aux intérêts nationaux. La décision, formalisée par un mémorandum présidentiel à Washington, entraîne la cessation de la participation et du financement américains au sein de plusieurs cadres multilatéraux, y compris des instances des Nations unies.

Le mémorandum s’inscrit dans le prolongement du décret présidentiel 14199, promulgué le 4 février 2025, qui avait chargé le secrétaire d’État, en concertation avec la représentation américaine auprès des Nations unies, de passer au crible l’ensemble des engagements internationaux des États-Unis. Organisations intergouvernementales, conventions, traités : tout devait être évalué à l’aune de l’intérêt national américain. Le rapport issu de cet examen a été transmis à la Maison-Blanche, puis validé après délibération avec le cabinet présidentiel. La conclusion est sans ambiguïté : Washington ordonne le retrait immédiat de dizaines d’instances, ainsi que la cessation de toute participation ou de tout financement, dans les limites permises par la loi.

La liste des organisations concernées frappe par son ampleur et par la diversité des champs touchés. Hors du système onusien, figurent notamment l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Alliance solaire internationale, l’Organisation internationale des bois tropicaux, l’Union internationale pour la conservation de la nature, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. Autant de structures qui, depuis des décennies, produisent des données scientifiques, orientent les politiques publiques et structurent les coopérations environnementales mondiales.

Le retrait s’étend également à des mécanismes moins visibles mais stratégiques, tels que le Forum intergouvernemental sur les mines, les minéraux, les métaux et le développement durable, ou encore le Réseau de politiques énergétiques renouvelables pour le XXIᵉ siècle. Selon des observateurs du secteur, ces espaces jouent un rôle clé dans la coordination des normes, l’échange de bonnes pratiques et l’accompagnement technique des pays du Sud, notamment en Afrique centrale, confrontés à la pression croissante sur leurs ressources naturelles.

Le volet onusien du mémorandum accentue encore la portée de la décision. Les États-Unis annoncent leur retrait ou la fin de leur soutien à des entités centrales du système des Nations unies : le Département des affaires économiques et sociales, plusieurs commissions économiques régionales de l’ECOSOC, le Programme de collaboration des Nations unies pour la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+), la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ONU Femmes, Eau des Nations unies, Océans des Nations unies, ou encore l’Université des Nations unies. D’après nos recoupements, pour nombre de ces structures, la contribution financière et politique américaine constituait un levier majeur de fonctionnement et d’influence.

Pour des pays comme la République démocratique du Congo, où les politiques environnementales et climatiques sont étroitement liées aux mécanismes multilatéraux, la décision américaine soulève de nombreuses interrogations. Le retrait des États-Unis de cadres comme la Convention-cadre sur les changements climatiques ou le programme REDD+ intervient alors que le bassin du Congo est régulièrement présenté comme un pilier de la régulation climatique mondiale. À en croire certaines analyses, la diminution de l’appui américain pourrait fragiliser les dispositifs de financement, ralentir la mise en œuvre de projets forestiers et accentuer la dépendance à d’autres bailleurs, aux priorités parfois divergentes.

Sur le plan institutionnel, le mémorandum précise que tous les ministères et agences exécutifs sont tenus de mettre en œuvre le retrait « dans les meilleurs délais ». Pour les entités des Nations unies, cela signifie une cessation de participation et de financement, sous réserve des contraintes légales existantes. Le texte insiste par ailleurs sur le fait que l’examen des autres conclusions du secrétaire d’État se poursuit, laissant planer l’hypothèse de décisions supplémentaires à venir.

En toile de fond, ce retrait massif interroge l’avenir de la gouvernance environnementale mondiale. Estiment des observateurs, la sortie des États-Unis de ces enceintes ne signifie pas seulement un désengagement financier : elle modifie les rapports de force, affaiblit certains consensus scientifiques et ouvre un espace à de nouvelles influences géopolitiques. Pour les pays du Sud, et particulièrement pour ceux dont les économies reposent en partie sur les ressources naturelles et les financements climatiques, l’enjeu est désormais de s’adapter à un multilatéralisme plus fragmenté, où les promesses de coopération devront être confrontées aux réalités d’un monde de plus en plus polarisé.

Officiellement, le mémorandum rappelle qu’il ne crée aucun droit opposable et qu’il sera appliqué conformément à la loi et à la disponibilité des crédits. Mais sur le terrain, ses effets pourraient se mesurer sur le long terme : dans la capacité des institutions internationales à produire des données indépendantes, à soutenir les politiques publiques environnementales et à accompagner les territoires les plus exposés aux dérèglements climatiques. Pour l’Afrique centrale et la RDC en particulier, cette décision américaine marque une inflexion dont les conséquences, encore difficiles à quantifier, pèseront durablement sur les équilibres entre développement, protection des écosystèmes et souveraineté nationale.

Par kilalopress

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