Un agriculteur meurt sous torture dans un cachot à Mambasa

Un agriculteur est mort le mardi 6 janvier dans un cachot contrôlé par des éléments Wazalendo à Bandimukumu, en territoire de Mambasa, après avoir subi des tortures. Selon la Convention pour le respect des droits humains (CRDH), cet acte s’inscrit dans un climat de violences qui entrave gravement les activités agricoles et la protection des civils dans cette zone d’Ituri.

En Ituri, la terre nourrit autant qu’elle expose. À Mambasa, territoire forestier où l’agriculture demeure le principal rempart contre la pauvreté rurale, un fait brutal est venu rappeler la fragilité extrême des paysans et, au-delà, l’inconfortable statut des défenseurs des droits humains qui tentent encore de documenter ces abus.

Le mardi 6 janvier, un agriculteur a été retrouvé sans vie dans un cachot contrôlé par un groupe d’éléments Wazalendo, identifié localement sous l’appellation RPC, au village de Bandimukumu, dans le groupement de Bakaheku, chefferie des Babila-Babombi, territoire de Mambasa. D’après la Convention pour le respect des droits humains (CRDH), active dans la zone, l’homme aurait succombé à des tortures subies durant sa détention. Son compagnon d’infortune, arrêté avec lui, se trouverait toujours dans un état critique, abandonné dans le même lieu de détention, selon les informations communiquées par cette organisation.

« Nous alertons sur un cas de violation des droits humains en chefferie des Babila-Babombi dans le Mambasa. Dans un cachot des éléments Wazalendo dénommé RPC, un agriculteur y est mort de suite des tortures au village de Bandimukumu », a déclaré Grâce Kakine, membre de la CRDH locale. Le même acteur associatif ajoute que « son ami y est dans un état critique » et affirme que « ces hommes armés sont en train de soumettre les agriculteurs aux différents traitements inhumains », appelant « l’autorité compétente à délocaliser urgemment ce groupe armé ».

Ces déclarations, rapportées par une organisation de défense des droits humains implantée sur le terrain, dessinent un tableau sombre, mais cohérent avec d’autres récits recueillis dans cette partie de l’Ituri. Selon des sources locales, l’installation de ce groupe armé dans la zone aurait profondément désorganisé la vie quotidienne. Les champs, autrefois fréquentés dès l’aube, se vident. La peur, plus que la saison agricole, dicte désormais le calendrier des travaux champêtres. Les habitants, à en croire plusieurs témoignages concordants, évitent de circuler ou de cultiver à proximité, de crainte d’être arrêtés arbitrairement et soumis à des traitements cruels.

Au-delà du drame individuel, cet épisode interroge frontalement la promesse de protection souvent associée à la présence de groupes armés se réclamant de la défense communautaire. D’après nos recoupements, ce sont précisément les agriculteurs — piliers économiques et écologiques de ce territoire forestier — qui paient le prix le plus lourd de cette militarisation diffuse. Lorsque l’accès aux champs devient un risque, c’est l’ensemble du système alimentaire local qui vacille, avec des conséquences directes sur la sécurité alimentaire et la pression accrue sur les forêts environnantes, exploitées de manière plus opportuniste pour compenser la baisse des récoltes.

Cette situation pose aussi une question juridique rarement traitée avec la rigueur nécessaire : que vaut, dans les faits, la loi congolaise sur la protection des civils et des défenseurs des droits humains lorsque des lieux de détention échappent à tout contrôle officiel ? Estiment des observateurs, le silence ou la lenteur des autorités face à ces pratiques contribue à banaliser l’illégalité, transformant des zones rurales entières en espaces de non-droit, où la force armée supplante la norme légale.

Les défenseurs locaux, eux-mêmes exposés à des pressions constantes, continuent pourtant de documenter ces abus, au risque de leur sécurité. Leur travail, souvent relégué à de simples communiqués, constitue en réalité l’un des rares garde-fous contre l’effacement total des victimes. Dans le cas de Mambasa, l’alerte lancée par la CRDH met en lumière une réalité plus large : celle d’un monde paysan pris en étau entre insécurité armée, absence de protection effective et promesses institutionnelles qui peinent à se traduire en actes concrets.

À Mambasa, la mort de cet agriculteur n’est pas seulement un fait divers tragique. Elle agit comme un révélateur. Celui d’un territoire où la loi censée protéger semble suspendue, où cultiver la terre peut conduire au cachot, et où demander justice devient, pour beaucoup, un acte de courage aux conséquences imprévisibles.

Par kilalopress

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