Tsopho : Pénurie d’eau potable prolongée à Kisangani malgré un fort potentiel hydrique

Depuis le mercredi 7 janvier 2026, la ville de Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, est privée d’eau potable en raison de dysfonctionnements techniques liés aux installations de pompage dépendantes de l’électricité. Cette rupture d’approvisionnement, dans une zone pourtant riche en ressources en eau, a déjà causé la mort d’un enfant et relance le débat sur les limites de la politique nationale de captage et de distribution de l’eau en RDC.

À Kisangani, l’eau est partout et pourtant elle manque. La ville, lovée entre le fleuve Congo et la rivière Tshopo, vit depuis le mercredi 7 janvier 2026 une pénurie prolongée d’eau potable qui révèle, une fois de plus, le paradoxe hydraulique congolais : une abondance naturelle spectaculaire, incapable de se transformer en service vital pour la population.

Dans de nombreux quartiers de la capitale provinciale de la Tshopo, les robinets sont restés muets plusieurs jours durant. Les ménages, privés de toute alternative institutionnelle, se sont tournés vers des puits non aménagés, des sources improvisées et les cours d’eau environnants. Une stratégie de survie ancienne, redevenue routine dans une ville pourtant entourée de ressources hydriques majeures. Selon des sources locales, cette rupture d’approvisionnement n’a pas été anticipée, ni accompagnée de mesures de mitigation visibles sur le terrain.

La crise a pris un visage tragique le vendredi 9 janvier 2026. Un enfant de 10 ans s’est noyé dans la rivière Tshopo, au niveau de Sotexiki, alors qu’il s’y était rendu après être allé puiser de l’eau. Le drame n’est pas un accident isolé : en période de pénurie, les rivières deviennent à la fois points d’approvisionnement, lieux de lessive et espaces de baignade, exposant particulièrement les enfants et les femmes à des risques mortels. D’après nos recoupements, ces pratiques se multiplient dès que l’eau potable disparaît du réseau officiel, sans qu’aucun dispositif de sécurisation ou d’alerte ne soit mis en place.

Sur le plan économique, l’eau est devenue une marchandise sous tension. Le bidon de 20 à 25 litres se négocie désormais entre 500 et 600 francs congolais, auxquels s’ajoutent les frais de transport. Pour des ménages déjà fragilisés, ce coût transforme un droit fondamental en luxe quotidien. Des observateurs estiment que ces hausses ponctuelles, tolérées en temps de crise, s’installent progressivement comme une norme, accentuant les inégalités d’accès à l’eau.

La pénurie est aggravée par les coupures d’électricité, liées aux travaux en cours sur une unité de production, perturbant le fonctionnement des installations de pompage. Cette dépendance quasi totale de l’eau à l’électricité met en lumière une vulnérabilité structurelle : à la moindre défaillance énergétique, tout le système s’effondre. Les petits commerces, les activités de restauration, les ateliers artisanaux, tous tributaires de l’eau et du courant, voient leurs revenus chuter, renforçant l’impact social de la crise.

Au-delà de Kisangani, cet épisode interroge une réalité nationale plus profonde. La République démocratique du Congo concentre une part significative des réserves d’eau douce d’Afrique, mais peine à les transformer en eau potable accessible, sûre et continue. À Kinshasa, la prolifération de l’eau en sachet et en bouteilles plastiques est devenue le symptôme d’un échec structurel : lorsque l’eau industrielle remplace l’eau du robinet, ce n’est pas un progrès sanitaire, mais l’aveu d’une incapacité publique à capter, traiter et distribuer une ressource pourtant disponible. À en croire certaines analyses du secteur, le cœur du problème ne réside pas uniquement dans le manque d’infrastructures, mais dans le déficit chronique d’expertise en captage, en traitement et en maintenance des systèmes hydrauliques. Les projets se succèdent, souvent annoncés avec ambition, mais peinent à intégrer les réalités locales : variabilité climatique, pression démographique, fragilité énergétique, gouvernance des services publics. Les promesses techniques se heurtent à l’absence de compétences durables, de planification intégrée et de suivi rigoureux.

Les drames liés à l’eau se répètent pourtant dans plusieurs provinces : noyades, épidémies de maladies hydriques, conflits d’usage, marchandisation sauvage. Chaque crise remet sur la table la même question, rarement posée frontalement : pourquoi un pays aussi riche en eau échoue-t-il à garantir l’accès à l’eau potable à sa population ? Pourquoi les politiques publiques congolaises n’arrivent-elles pas à transformer ce potentiel naturel en sécurité sanitaire ?

À Kisangani, l’appel de la population aux autorités provinciales et aux services concernés traduit une urgence immédiate : rétablir l’approvisionnement pour éviter d’autres drames et limiter les risques sanitaires. Mais au-delà de la réponse conjoncturelle, cette crise révèle une impasse stratégique. Tant que l’eau restera pensée comme une simple question d’infrastructures ponctuelles, sans investissement sérieux dans l’expertise, la gouvernance et l’adaptation aux réalités territoriales, les rivières continueront de tuer là où elles devraient sauver. Dans une ville exposée aux maladies hydriques, comme dans tant d’autres en RDC, la continuité de l’accès à l’eau potable n’est plus seulement un enjeu de service public. Elle s’impose comme une question de compétence nationale, de vision politique et de justice environnementale, dont chaque rupture rappelle le coût humain.

Par kilalopress

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