Tshopo : 21 organisations de la société civile dénoncent le harcèlement judiciaire des défenseurs de l’environnement

À Kisangani, la situation des défenseurs de l’environnement dans la province de la Tshopo suscite de vives inquiétudes. Dans une note datée du 21 février 2026, une vingtaine d’organisations de la société civile spécialisées dans la protection environnementale et les droits sociaux alertent sur une série de poursuites pénales visant des militants climatiques et écologistes locaux. Selon ces acteurs, ces procédures, qualifiées de « bâillons judiciaires », seraient orchestrées ou facilitées par certaines sociétés minières implantées dans la région.

Portée par l’ASBL Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), l’initiative interpelle le Procureur Général près la Cour d’Appel de la Tshopo. La note met en avant une pratique répétitive : des militants dénoncent des activités extractives illégales ou destructrices, et se retrouvent confrontés à des actions judiciaires ciblées, souvent disproportionnées. Ces poursuites, estiment les organisations, viseraient à décourager toute critique, au détriment des principes de protection environnementale et des droits des communautés locales.

D’après les auteurs, ces sociétés minières, parfois détenteurs de vastes concessions foncières obtenues par des pratiques « peu fiables », exercent leurs activités au mépris de l’environnement, provoquant des dégradations à ciel ouvert. Les conséquences de ces pratiques sont multiples : perte de biodiversité, pollution des sols et des cours d’eau, et exposition des populations locales à des risques sanitaires et socio-économiques accrus. Selon des sources locales, certaines autorités politiques, à la fois au niveau provincial et national, auraient fermé les yeux sur ces atteintes, laissant les communautés vulnérables face à l’exploitation.

Pour illustrer leurs propos, l’ACEDH et ses partenaires du programme CLIDEF rappellent plusieurs cas documentés de harcèlements judiciaires. Ces démarches, jugées « iniques », sont menées malgré l’existence de la loi n° 23/027 du 15 juin 2023, qui consacre la protection des défenseurs des droits humains, ainsi que des législations environnementales essentielles. Les militants se trouvent ainsi accusés d’infractions souvent imaginaires, avec des sanctions lourdes potentielles, ce qui limite leur capacité d’action et menace leur sécurité juridique.

L’ACEDH s’appuie sur l’article 53 de la Constitution de la RDC, qui reconnaît à chacun le droit à un environnement sain et l’obligation de le défendre, pour rappeler le rôle de l’État dans la protection de l’environnement et de la santé des populations. Dans ce contexte, les organisations réclament vigilance et solidarité de la part des acteurs judiciaires et de la communauté internationale, afin que cessent ces formes de musellement et que soient identifiés et poursuivis les auteurs de poursuites illégales.

Selon les observateurs, cet appel souligne une dynamique inquiétante : dans une région riche en ressources naturelles mais fragile sur le plan social et écologique, la défense de l’environnement reste intimement liée aux équilibres de pouvoir entre sociétés minières, autorités locales et militants. Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour l’évolution de ces relations, et pour l’application effective des protections légales récemment adoptées en RDC.

Par kilalopress

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