En Conseil des ministres, le 2 janvier 2026, la ministre de l’Environnement Marie Nyange Ndembo a plaidé pour le renouvellement du décret suspendant la TVA et les droits de douane sur les intrants du recyclage plastique en faveur de l’entreprise Ok Plast. La mesure, évaluée positivement pour ses effets sur la réduction de la pollution plastique et l’emploi, doit encore faire l’objet d’un examen approfondi par le gouvernement.
Le dossier est revenu sur la table du gouvernement à un moment où la pression des déchets plastiques continue de façonner, souvent à bas bruit, le quotidien urbain congolais. Lors de la 76ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 2 janvier 2026, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndembo, a sollicité le renouvellement du décret n°23/123 du 19 décembre 2023. Ce texte avait instauré la suspension de la perception de la taxe sur la valeur ajoutée et des droits de douane sur les matières et biens issus du recyclage des déchets plastiques, au bénéfice de l’entreprise Ok Plast Sarl.
D’après le compte rendu officiel lu par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, cette requête s’appuie sur une évaluation conduite par une commission ad hoc mixte. Les conclusions de ce travail, selon les autorités, convergent vers deux constats majeurs : une contribution à la réduction de la pollution plastique et un impact sur la création d’emplois. À Kinshasa, où les caniveaux obstrués, les cours d’eau encombrés et les décharges à ciel ouvert témoignent de la fragilité du système de gestion des déchets, ces résultats sont présentés comme un signal encourageant, même s’ils restent à apprécier à l’échelle réelle du territoire.
Le Conseil des ministres n’a toutefois pas entériné immédiatement la demande. Il a recommandé que la question soit soumise de nouveau, sous forme de dossier formel, lors d’une prochaine réunion, afin de permettre un examen approfondi et des délibérations. L’enjeu dépasse, selon plusieurs observateurs, le seul sort fiscal d’une entreprise : il renvoie à la « problématique des plastiques à Kinshasa et partout en RDC », telle que formulée au cours de la réunion, et à la capacité de l’État à structurer une réponse durable à un fléau environnemental devenu structurel.
Le décret concerné avait prévu, pour une durée de 24 mois, la suspension des droits de douane et de la TVA à l’importation sur les matières premières destinées à la fabrication de préformes issues du recyclage des déchets plastiques. Cette mesure ciblait explicitement Ok Plast, une société active notamment à Kinshasa dans la collecte et la transformation de plastiques usagés. Les intrants couverts par l’exonération sont variés : polyéthylène téréphtalate, soude caustique, agents de surface organiques de dégraissage et à usage industriel, autres agents de surface organiques, silicones sous forme primaire, sel de chlorure de sodium et colorants. Autant de composants nécessaires aux procédés industriels du recyclage, mais dont le coût à l’importation constitue, selon des acteurs du secteur, un frein majeur au développement de filières locales.
À l’origine, cette orientation politique remonte au Conseil des ministres du 8 avril 2022. À l’époque, l’ancienne ministre de l’Environnement, Ève Bazaiba, et l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, avaient proposé d’accompagner Ok Plast dans la mise en œuvre du projet Kintoko. Celui-ci ambitionne de couvrir toute la chaîne : collecte, recyclage, traitement et transformation des déchets plastiques. L’objectif affiché était déjà de conjuguer assainissement urbain, valorisation économique des déchets et opportunités d’emplois, dans un pays où l’économie circulaire reste encore largement embryonnaire.
Trois ans plus tard, la question posée au gouvernement est moins celle de l’intention que de la portée réelle de l’outil choisi. À en croire certaines analyses, l’exonération fiscale peut stimuler l’investissement privé dans le recyclage, mais elle soulève aussi des interrogations sur l’équité du dispositif et sa reproductibilité. Peut-on bâtir une politique nationale de lutte contre la pollution plastique à partir de mesures ciblées sur une seule entreprise ? Comment articuler ces incitations avec les réalités des collecteurs informels, des communes et des provinces, qui portent au quotidien le poids de la gestion des déchets ?
En renvoyant le dossier à une prochaine délibération, le Conseil des ministres semble reconnaître que le débat dépasse le cadre technique. Il touche à la gouvernance environnementale, à la cohérence des politiques fiscales et à la capacité de la RDC à transformer un problème environnemental massif en levier économique durable. Dans l’intervalle, les déchets plastiques continuent de s’accumuler dans les rues et les rivières, rappelant que le temps administratif n’est pas toujours celui des écosystèmes ni des populations qui en subissent les effets.
Par kilalopress