Sud-Kivu : violences contre les Batwa et tensions autour des terres agricoles expérimentales

La situation sécuritaire et humanitaire des communautés Batwa dans la province du Sud-Kivu suscite de vives inquiétudes, au-delà du seul territoire de Kalehe. Dans le territoire voisin de Kabare, plusieurs incidents violents ont été signalés ces derniers jours dans les campements de Buyungule, Cibuga et Muyange, illustrant une dégradation continue des conditions de vie de ces populations déjà vulnérables.

Selon des témoignages locaux concordants, des éléments des groupes armés auraient fait irruption dans le campement de Buyungule/Combo. Lors de cette incursion, des femmes Batwa, dont certaines enceintes, auraient été violemment prises à partie. Un homme âgé, identifié sous le nom de Muciga, aurait également été agressé. Ces faits, difficiles à vérifier de manière indépendante en raison de l’accès limité à la zone, s’inscrivent toutefois dans une série d’allégations récurrentes de violences visant les populations autochtones.

Par ailleurs, le chef Batwa du territoire de Kabare, Ntavuna Cizungu, aurait été contraint de fuir après des pressions exercées par les mêmes éléments armés, laissant la communauté sans encadrement traditionnel à un moment critique.

Au-delà des violences physiques, la guerre aggrave une crise alimentaire déjà aiguë. Privées de leurs moyens de subsistance et contraintes de se déplacer, plusieurs familles Batwa se tournent désormais vers les champs expérimentaux de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA), situés à Mulungu, dans l’espoir d’y trouver de quoi se nourrir.

Cette situation engendre de nouvelles tensions. L’occupation ou l’exploitation informelle de ces parcelles de recherche provoque des frictions entre les responsables de l’INERA et les autorités coutumières locales, notamment les chefs de groupement, qui peinent à gérer l’afflux de populations en détresse.

Dans ce contexte, les Batwa apparaissent une fois de plus comme des victimes invisibles d’un conflit prolongé, pris en étau entre violences armées, insécurité alimentaire et conflits d’usage des terres. Des voix s’élèvent pour appeler à une réponse humanitaire urgente, mais aussi à une meilleure prise en compte des droits fonciers et de la protection des peuples autochtones dans les politiques de gestion de crise. Face à la complexité de la situation, une coordination renforcée entre autorités locales, institutions de recherche et partenaires humanitaires semble indispensable pour prévenir une aggravation des tensions et garantir un accès équitable aux ressources vitales.

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *