Relance agricole en RDC : 5.000 sacs d’engrais détournés et des dossiers de coopératives disparus au Haut-Katanga

Au moment où la République démocratique du Congo tente de relancer sa production agricole pour réduire sa dépendance alimentaire, une nouvelle controverse surgit dans le Haut-Katanga, mettant en cause la gestion d’un programme censé soutenir directement les producteurs locaux. Derrière les promesses de modernisation agricole, des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer ce qui pourrait s’apparenter à un détournement silencieux d’un dispositif public stratégique.

Selon une correspondance officielle adressée à MUHINDO NZANGI, la Société Civile Républicaine affirme avoir recueilli des informations préoccupantes sur la mise en œuvre du programme gouvernemental de relance agricole, fondé notamment sur la subvention de coopératives agricoles dans les vingt-six provinces du pays.

À en croire des sources issues du secteur agricole local, une mission officielle aurait été déployée dans la province du Haut-Katanga afin d’identifier les coopératives et entreprises susceptibles de bénéficier de ce programme. Une réunion de travail aurait alors été organisée avec les structures concernées pour expliquer les critères de sélection et les modalités de participation. Dans la foulée, plusieurs coopératives agricoles ainsi que des entreprises actives dans la production auraient soumis leurs dossiers complets, conformément aux exigences formulées par l’équipe chargée de la mission. Sur le papier, la procédure semblait suivre un parcours administratif classique.

Mais le processus se serait brutalement interrompu.

D’après les informations relayées par les acteurs locaux, les dossiers collectés dans la province n’auraient jamais atteint l’administration centrale à Kinshasa pour traitement. Les documents déposés par les structures agricoles auraient tout simplement disparu, dans des circonstances qui restent pour l’instant inexpliquées.

Pour de nombreux responsables de coopératives, cette situation alimente un profond sentiment de méfiance. Certains redoutent que l’opération d’identification initiale ne serve finalement qu’à masquer la préparation d’une liste de bénéficiaires fictifs. Des informations jugées crédibles par la société civile indiquent en effet que l’équipe chargée de réceptionner les dossiers envisagerait d’établir une liste de bénéficiaires sans tenir compte des structures ayant effectivement rempli les critères exigés. Dans une province où l’agriculture familiale constitue l’un des rares remparts contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté rurale, une telle éventualité ferait peser un doute lourd sur la crédibilité du programme.

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Un second élément vient renforcer les inquiétudes.

Selon les informations communiquées par la Société Civile Républicaine, un lot d’environ 5.000 sacs d’engrais agricoles de 50 kilogrammes chacun, récemment acquis par le ministère de l’Agriculture pour soutenir la production, n’aurait pas été distribué aux agriculteurs censés en bénéficier.

Des recoupements effectués auprès de certains acteurs du secteur indiquent que ces intrants auraient été remis à des personnes ne relevant pas du monde agricole. Si ces faits venaient à être confirmés, ils illustreraient un détournement de la finalité même du programme : soutenir la production vivrière et renforcer les capacités des producteurs locaux. Dans une région comme le Haut-Katanga, où les rendements agricoles restent fortement dépendants de l’accès aux intrants, la disparition ou la redistribution opaque de milliers de sacs d’engrais pourrait compromettre une partie des efforts de relance agricole. Les engrais représentent en effet un levier essentiel pour améliorer la fertilité des sols souvent appauvris par des années de culture intensive et de pratiques agricoles peu mécanisées.

Au-delà du cas provincial, cette affaire soulève une question plus large sur la gouvernance des programmes publics agricoles en République démocratique du Congo. Les politiques de relance agricole sont régulièrement présentées comme une réponse structurelle à la dépendance du pays aux importations alimentaires, malgré l’immensité de ses terres cultivables.

Mais sur le terrain, de nombreux agriculteurs affirment encore attendre les retombées concrètes de ces initiatives. Face à la gravité des faits évoqués, la Société Civile Républicaine demande l’ouverture d’une commission d’enquête administrative indépendante afin d’établir les circonstances exactes de la disparition des dossiers des coopératives agricoles dans la province. L’organisation sollicite également un audit administratif et opérationnel du processus d’identification des bénéficiaires, ainsi qu’un contrôle approfondi sur la gestion et la distribution des engrais.

Elle appelle en particulier à l’intervention de Inspection Générale des Finances afin de vérifier la traçabilité des intrants agricoles et la régularité du processus de sélection.

Dans l’attente de ces vérifications, la société civile demande également la suspension de toute validation de liste de bénéficiaires issue du Haut-Katanga, estimant qu’une décision précipitée pourrait entériner des irrégularités. L’affaire place désormais le ministère de l’Agriculture face à une équation délicate : rétablir la confiance autour d’un programme censé soutenir les producteurs tout en démontrant que les mécanismes de contrôle de l’État restent capables de prévenir les dérives.

Car au-delà d’une simple polémique administrative, ce dossier révèle une tension plus profonde : celle qui oppose les ambitions affichées de souveraineté alimentaire à la réalité parfois opaque de la gestion des ressources destinées à l’agriculture congolaise. Dans les villages agricoles du Haut-Katanga, où chaque saison culturale dépend d’un accès fragile aux semences et aux intrants, la disparition de dossiers et la redistribution contestée d’engrais ne sont pas seulement des anomalies administratives. Pour beaucoup de producteurs, elles incarnent une fracture persistante entre les politiques publiques annoncées à Kinshasa et les réalités du terrain.

Par kilalopress

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