Kinshasa – Au terme de cinq jours d’échanges, les experts et acteurs de la conservation ont validé les condensés du plan d’action de conservation révisé (2026-2036) visant à assurer des populations viables de gorilles et de chimpanzés, à préserver la diversité écologique de leurs habitats et à renforcer l’implication des communautés locales dans la conservation de ces espèces emblématiques de la RDC.
Après cinq jours d’échanges intenses et de réflexions nourries, l’atelier de révision du Plan d’action pour la Conservation des Grands Singes (CAP) dans l’Est de la République Démocratique du Congo s’est clôturé ce vendredi à Kinshasa sur une note d’espoir et d’engagement renouvelé. Organisé par Jane Goodall Institute (JGI), en partenariat avec l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et le Ministère de l’Environnement et Développement Durable, cet atelier a rassemblé des scientifiques, des gestionnaires de parcs, des représentants d’ONG, des peuples autochtones et des autorités publiques autour d’un objectif commun : repenser la protection des gorilles de Grauer et des chimpanzés de l’Est, deux espèces emblématiques aujourd’hui gravement menacées.
Durant cinq jours, les participants ont revisité les stratégies élaborées en 2011 et actualisées en 2015, pour les adapter aux réalités sécuritaires et socio-économiques actuelles. Le nouveau plan décennal (2026-2036) s’articule autour d’une vision ambitieuse : assurer des populations viables de grands singes, préserver la diversité écologique de leurs habitats et faire de leur protection une source de fierté nationale à travers une participation active des communautés locales.
Prenant la parole au nom des participants, Radar Nishuli, Directeur du Parc National de la Lomami, a salué l’esprit de collaboration qui a marqué les travaux. « Ensemble, nous pouvons. Je ne pouvais pas imaginer qu’on pouvait produire un plan aussi solide en cinq jours. En 2015, cela n’avait pas été le cas. Aujourd’hui, je vois déjà l’ossature de notre plan », a-t-il déclaré, avant d’insister sur la nécessité d’une évaluation continue et d’une gestion partagée : « Nous ne sommes pas dans une compétition, mais dans une complémentarité. Là où mes compétences s’arrêtent, commencent celles de l’autre. Nous devons consolider les inventaires et nos bases de données pour assurer la réussite de la mise en œuvre et faciliter la tâche à l’équipe de coordination actuelle que celleà de demain. »

Cette dynamique participative traduit une maturité nouvelle chez les acteurs de la conservation, désormais conscients que seule une approche collective permettra de relever les défis du terrain. Pour Emola Pippen-Hashim Makambo, Directeur exécutif de JGI-RDC, le nouveau plan marque un tournant stratégique. « Nous avons révisé les pressions majeures, les valeurs focales et la chaîne des résultats pour la décennie 2026-2036. L’un des acquis essentiels, c’est d’avoir valorisé les connaissances locales et d’avoir prévu un mécanisme de suivi du plan pour évaluer les progrès réels », explique-t-il.
Selon lui, la protection des grands singes ne peut être efficace que si elle est communautaire et inclusive. « Les communautés partagent le même environnement que ces espèces. Il est donc impossible d’obtenir des résultats sans les placer au cœur de toutes les actions sur le terrain. Nous avons également développé une stratégie pour tenir compte du contexte sécuritaire, en considérant l’insécurité comme une pression directe sur la biodiversité. » Cette approche repose sur trois piliers : le plaidoyer, les actions de contournement et l’implication d’acteurs issus des zones affectées par les groupes armés, dont certains ont déjà manifesté leur volonté de contribuer à la protection des ressources naturelles.
Sur le terrain, les défis restent nombreux, mais l’espoir renaît. Benoît Kisuki, commandant adjoint du corppn, souligne que cette révision a été « le fruit d’un travail collectif intense et porteur d’avenir ». « Nous avons parlé d’espèces réellement menacées, vivant dans des zones insécurisées. Ce fut enrichissant d’écouter les collègues de terrain et de découvrir les efforts que chacun fournit pour protéger les chimpanzés, les gorilles et leurs habitats. Nous avons bâti ensemble un plan fondé sur trois axes : la sécurisation des espèces et de leurs habitats, la recherche scientifique, et l’implication des communautés locales. »
De son côté, Albert Walanga, président du Conseil d’administration du Regroupement pour la Protection de l’Environnement (RPE), insiste sur le rôle central des populations riveraines : « Nous avons collecté un maximum d’informations pour développer ce plan. Parmi les priorités retenues, il y a la valorisation des savoirs locaux, la centralisation et le partage des données, ainsi que l’amélioration des revenus des communautés. Ces interventions permettront de créer un lien durable entre la conservation et développement. »
En clôturant les travaux, le Dr Kizito Kakule, coordonnateur pays de PASA-RDC, a salué la qualité du processus et la continuité de l’engagement : « Ce plan vient succéder à celui de 2015-2025. Nous avons désormais une ligne de base claire pour les dix années à venir. Ce travail collectif, nourri par l’expérience de terrain, permettra de renforcer la conservation des grands singes et de réduire les menaces qui pèsent sur eux. » Il a ajouté que les activités menées par le consortium Ushiriki contribueront également au suivi d’autres espèces associées, comme les éléphants et les petits primates, dans les paysages Maiko-Tayna-Kahuzi-Biega-Itombwe.

De l’avis général, cet atelier de Kinshasa a permis d’élaborer un plan plus inclusif, plus pragmatique et ancré dans les réalités locales. Les actions prioritaires retenues — éducation environnementale, extension des aires de conservation, la lutte contre les zoonoses, la centralisation des données et renforcement des capacités locales — constituent désormais le socle d’un engagement collectif en faveur des primates de l’Est.
En quittant la salle de l’Hôtel Fleuve Congo ce vendredi soir, chacun avait conscience d’avoir posé un jalon important pour l’avenir. Les grands singes, véritables trésors vivants du Congo, peuvent désormais espérer une décennie de protection renforcée et d’attention renouvelée.
Par kilalopress