Kinshasa, 25 février 2026 — La pression monte autour de la révision du Code forestier en République démocratique du Congo. Après plusieurs alertes publiques, les organisations de la société civile environnementale ont franchi une nouvelle étape en engageant un bras de fer feutré avec les autorités.
Ce mercredi, l’atmosphère était studieuse mais tendue dans le bureau de la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle économie du climat. Une délégation de haut niveau de la société civile y a été reçue pour ce que certains qualifient déjà de tentative de la dernière chance afin d’éviter une réforme jugée précipitée. Conduite par des figures emblématiques comme Sa Majesté Mfumu Difima, Me Willy Elua, Josué Kizal et le patriarche Joseph Bobia, la délégation est venue porter un message sans détour : vouloir faire aboutir un nouveau Code forestier avant le 30 mars 2026 relève, selon eux, de l’impossibilité technique si l’objectif est de doter le pays d’un cadre légal solide, cohérent et applicable.
Au cœur des tensions, l’échéance imposée par les engagements pris avec le Fonds monétaire international. Pour la société civile, cette contrainte calendaire exerce une pression excessive sur l’administration forestière, au risque de sacrifier la qualité du travail législatif. « Cette échéance n’est pas compatible avec un travail de qualité pour la nation », ont martelé les délégués, qui plaident pour un report technique de la réforme à septembre 2026.
L’argument avancé est juridique autant que politique : on ne peut réviser une loi structurante sans avoir préalablement stabilisé la vision qui doit la guider. Or, la Politique forestière nationale, censée servir de boussole à l’ensemble de la réforme, n’est toujours pas finalisée. Elle fait encore l’objet de discussions intenses, notamment avec les services techniques liés à la direction de la gestion forestière. Dans ces conditions, adopter un nouveau Code reviendrait, selon la société civile, à légiférer à l’aveugle.
La rencontre a également mis en lumière une fracture persistante dans le processus : celle de l’inclusion. La voix des autorités coutumières, gardiennes ancestrales des terres forestières, reste largement marginalisée. Sa Majesté Mfumu Difima a rappelé que les chefs coutumiers se sentent exclus des espaces de décision depuis trop longtemps. Une réforme portée par une société civile plurielle, a-t-il insisté, ne peut réussir sans un consensus global, faute de quoi la future loi risque de se heurter à la réalité du terrain.
Face à ce front relativement uni, la ministre a opté pour une approche méthodique et pragmatique. Reconnaissant l’interdépendance entre la Politique forestière nationale et le Code forestier, elle a admis qu’avancer sans orientation claire constituait un pari risqué. Mais à l’approche imminente d’une mission d’évaluation du FMI à Kinshasa, le facteur temps demeure déterminant.
La ministre a donc lancé un défi précis à la société civile : lui transmettre l’ensemble des amendements déjà formulés et adressés à la cellule de rédaction, et surtout produire, dans un délai de 48 heures, une ébauche consolidée de la Politique forestière nationale montrant de manière explicite où et comment les propositions de la société civile s’intègrent dans le texte. Une condition jugée indispensable pour envisager une renégociation des délais avec le gouvernement et les partenaires techniques et financiers.

En plaçant ainsi la société civile devant ses responsabilités, le ministère tente de transformer une contestation du calendrier en opportunité de co-construction accélérée. La balle est désormais dans le camp de Joseph Bobia et de ses pairs. Leur capacité à produire, en un temps record, un document de synthèse crédible pourrait peser lourd dans la suite du processus.
L’enjeu dépasse largement un simple débat technique. La RDC abrite l’un des plus grands massifs forestiers tropicaux de la planète, au cœur du bassin du Congo, un pilier de la régulation climatique mondiale et de la biodiversité. La crédibilité de la réforme forestière, tout comme la survie de cet écosystème stratégique et les droits des communautés qui en dépendent, se jouent désormais à l’intersection délicate entre exigences internationales, souveraineté nationale et gouvernance environnementale.
Par kilalopress