À Addis-Abeba, les États africains viennent d’adopter une feuille de route qui se veut historique : transformer les systèmes alimentaires pour les rendre résilients au climat, avec l’agroécologie et les pratiques paysannes comme colonne vertébrale. Soutenue par la deuxième phase du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique (AAAP 2.0), cette vision prévoit 50 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030 pour renforcer les semences locales, sécuriser les forêts communautaires, organiser les marchés territoriaux et préparer villes comme campagnes aux chocs climatiques.
L’objectif rejoint la cible 10 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal : une agriculture durable fondée sur la biodiversité et l’efficacité à long terme. À plus de 2 000 kilomètres de là, à Kinshasa, le discours change de registre. Le ministre d’État à l’Agriculture et à la sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, mise sur la mécanisation et les cultures de rente. Tracteurs flambant neufs, « brigades de motorisation », budgets de la Banque mondiale et de la BAD : il promet la relance de la recherche via l’INERA, la production locale d’intrants et la promotion du café et du cacao. Son slogan – « la revanche du sol sur le sous-sol » – veut incarner une renaissance agricole rapide, sans jamais mentionner l’agroécologie ni l’implication directe des petits exploitants.

Ce grand écart soulève un malaise croissant. La société civile environnementale déplore toujours une politique « dessinée dans les bureaux » sans consultation des paysans et des communautés directement concernées, alors que la RDC se proclame « pays-solution » pour le climat et a mis en avant l’initiative du couloir vert Kivu-Kinshasa pour relier production agricole et conservation forestière. Ce décalage est d’autant plus frappant que la vision africaine adoptée à Addis-Abeba place l’agroécologie, la sécurisation des forêts communautaires et l’organisation des marchés territoriaux comme piliers de la lutte contre le changement climatique et de la résilience alimentaire.
En insistant sur une mécanisation rapide et une productivité accrue, Muhindo Nzangi ressuscite une logique productiviste qui rappelle la « révolution verte » des années 1970, bien loin de l’approche agroécologique prônée par les conventions internationales et les engagements continentaux. Son slogan de « revanche du sol sur le sous-sol » se vide de sens si le sol congolais n’est pas géré selon les principes d’agroécologie et de participation communautaire.

Des experts agricole au sein de la société civile congolaise suggere l’organisation d’une table ronde national pour affiner la stratégie agricole de la RDC, d’autres posent des questions : En RDC ou le peuple souffre de la famine l’heure est-elle encore aux symboles ? Faut-il en ce jour continuer à empiler tracteurs et crédits, ou ouvrir de véritables tables rondes régionales où paysans, associations et chercheurs définiraient ensemble les priorités ? Comment concilier mécanisation, impératifs climatiques et engagements internationaux ?
Alors que le continent s’organise pour un avenir agricole résilient, la RDC saura-t-elle transformer la « revanche du sol » en véritable victoire pour la biodiversité et la sécurité alimentaire, ou restera-t-elle sur le quai d’un train qui pourrait redessiner l’agriculture africaine ?
Par kilalopress