RDC : La ministre des Hydrocarbures Acacia Bandubola pointée du doigt pour s’approprier 720 000 USD mensuels

Kinshasa, 9 février 2026 – Depuis la publication au Journal officiel de l’arrêté du 29 octobre 2025, instaurant le « Comité de suivi et de gestion du stock stratégique » (CSGSS), la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, se trouve au centre d’accusations de gestion opaque et de prélèvements jugés injustifiés par les syndicats. Officiellement, le CSGSS est chargé de sécuriser soixante jours de stocks de produits pétroliers et de stabiliser les prix.

Dans la pratique, selon des sources syndicales et des observateurs du secteur, ce comité concentrerait pouvoirs décisionnels, contrôle et certification financière au sein du ministère, laissant la porte ouverte à des rémunérations supplémentaires qualifiées d’indues.

D’après des informations internes, la parafiscalité intitulée « Effort de reconstruction et stock stratégique », collectée par la Direction générale des douanes et assises (DGDA), génère 12 millions de dollars chaque mois. Sur cette somme, 6 % — soit 720 000 USD mensuels — seraient affectés directement au CSGSS, alors que le collecteur officiel ne perçoit qu’1 % du même montant. « Il est incompréhensible que les agents et cadres, au cœur de l’administration des Hydrocarbures, ne bénéficient pas de la prime de motivation liée à ces recettes, alors que le comité, composé de seize membres, reçoit un subside substantiel », déplorent les représentants syndicaux dans le compte rendu de leur assemblée générale de fin janvier, transmis à la ministre le 30 janvier.

La question des audits indépendants reste entière. « Aucune obligation de recours à un contrôle externe, ni à la Cour des comptes, ni de publication proactive des procès-verbaux mensuels n’a été imposée », soulignent les syndicats, qui s’inquiètent de la concentration des rôles au sein du CSGSS. Pour les experts de l’administration consultés, « la même autorité conçoit les orientations, préside la coordination, valide les décisions et certifie les montants : une situation qui confine au conflit d’intérêt et crée un risque réel de détournement des fonds publics ».

Les tensions sont exacerbées par le sentiment d’une structure redondante et coûteuse. Les administrations des Hydrocarbures et des Finances, ainsi que les cabinets ministériels, disposent déjà des outils nécessaires pour la collecte et la gestion des recettes parafiscales. À en croire des observateurs, le CSGSS ne ferait que créer un doublon dont la finalité reste opaque et pourrait favoriser des « primes parallèles » pour ses membres, dont la ministre elle-même.

Face à cette situation, des menaces de grève et de sit-in se précisent, visant à « dénoncer des détournements voilés des fonds publics ». Les syndicalistes interpellent également l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), en mettant en avant les comptes bancaires spécifiques ouverts pour cette parafiscalité auprès de Solidaire Banque.

Contactée, la ministre Acacia Bandubola n’a pas souhaité faire de commentaire immédiat. Une source proche du cabinet ministériel indique toutefois que « toutes les opérations du comité seraient conformes aux textes en vigueur et soumises aux contrôles internes du ministère ». Cette position, si elle se confirme, ne dissipe pas pour autant les inquiétudes des syndicats et des experts, qui pointent un risque de pénurie potentielle si chaque franc collecté ne revient pas à la finalité initiale : garantir soixante jours de carburant stratégique pour le pays. À l’heure où la RDC cherche à consolider sa sécurité énergétique et à stabiliser ses marchés pétroliers, la controverse autour du CSGSS illustre les tensions entre gestion technique, contrôle institutionnel et enjeux politiques. Les prochaines semaines pourraient être décisives pour déterminer si ce comité devient un véritable outil stratégique ou un vecteur de mécontentement au sein du ministère.

Par kilalopress

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