Des recherches récentes montrent que les tourbières proches des lacs Maï-Ndombe et Tumba libèrent progressivement d’importantes quantités de carbone dans l’atmosphère. Ces émissions, observées en février 2026, inquiètent scientifiques et climatologues pour leurs impacts potentiels sur le climat mondial
À peine une heure de vol sépare Kinshasa des vastes étendues marécageuses qui bordent les lacs Maï-Ndombe et Tumba, dans la cuvette centrale de la République démocratique du Congo. Mais ce qui semble être un paysage tranquille dissimule une menace silencieuse et potentiellement dévastatrice pour le climat mondial. Selon des études récentes publiées dans Nature Geoscience le 25 février 2026, ces zones humides séquestrent depuis des siècles des quantités colossales de carbone — mais celui-ci commence à s’échapper, défiant les certitudes scientifiques sur la stabilité des tourbières.
Ces zones marécageuses ne représentent qu’un peu plus de 3 % de la surface terrestre mondiale, mais elles concentrent environ 600 milliards de tonnes de carbone, bien plus que toutes les forêts de la planète réunies. Dans la cuvette centrale, les tourbières proches de Maï-Ndombe et Tumba constituent une véritable « bombe carbone » de quelque 30 milliards de tonnes. L’enjeu dépasse le simple cadre local : d’après nos recoupements, les vents pourraient transporter ces gaz à effet de serre jusque dans la capitale, où vivent plus de 15 millions d’habitants, rendant Kinshasa vulnérable à un phénomène dont l’ampleur reste encore difficile à prévoir.
Les chercheurs qui ont examiné ces lacs ont été surpris de constater que le carbone ancien, longtemps considéré comme enfoui et immobile, se relâche progressivement dans l’atmosphère. La FAO rappelle que même une petite superficie de tourbières émettant des gaz à effet de serre peut représenter jusqu’à 5 % des émissions humaines mondiales, soulignant la sensibilité extrême de ces écosystèmes. Des experts interrogés confient que les tourbières de la cuvette centrale sont particulièrement dépendantes des précipitations. Une baisse de pluviométrie ou un changement dans leur distribution pourrait assécher ces zones humides, accélérant la décomposition de la tourbe et libérant des quantités massives de carbone.
La déforestation, l’exploitation pétrolière et minière, l’agriculture intensive, ainsi que la construction de routes et autres infrastructures, viennent amplifier ces pressions naturelles. Combinés à un climat plus chaud et plus sec, ces facteurs créent ce que certains scientifiques nomment des « synergies de dégradation » : assèchement, incendies difficiles à contrôler, affaissements de terrain et destruction des habitats. À l’image des incendies meurtriers de 2015 en Indonésie, les tourbières asséchées peuvent produire des fumées denses et persistantes, perturbant les écosystèmes et la santé humaine sur de vastes zones.
Aujourd’hui, seulement 11 % de la cuvette centrale bénéficient d’une protection officielle. Selon les experts, cette insuffisance réglementaire augmente le risque de pertes irréversibles : émissions massives de méthane accélérant le réchauffement climatique, destruction de la biodiversité, contamination des sols et des eaux, et affaissements du terrain qui menacent les communautés locales. À l’heure où la planète cherche des solutions pour stabiliser le climat, la cuvette centrale apparaît comme un indicateur précoce d’alerte : un écosystème fragile dont la préservation est cruciale non seulement pour la RDC, mais pour le monde entier.
Par kilalopress