RDC : bras de fer au sommet de l’ACE — Delphin Lama réhabilité, Eve Bazaiba désavouée ?

Suspendu depuis le 25 février 2025 de ses fonctions de directeur général de l’Agence congolaise de l’environnement (ACE) par la ministre d’État Eve Bazaiba pour des « graves manquements aux devoirs réglementaires », Delphin Lama pourrait regagner son poste dans les prochains jours. Selon une correspondance officielle datée du 16 juillet, le directeur de cabinet du président de la République, Anthony Nkinzo, a ordonné la levée immédiate de cette suspension, au nom du « bon fonctionnement » de l’institution et de la « régularité des actes de gestion ».

À en croire cette instruction présidentielle a travers son directeur de cabinet Anthonie KINZO, transmise directement à la ministre d’État, les éléments d’accusation portés à la connaissance de la présidence « nécessitent davantage d’évidences », justifiant ainsi une réhabilitation temporaire du DG contesté. Sur recommandation du chef de l’État, une mission de l’Inspection générale des finances (IGF) est parallèlement mandatée pour diligenter un audit complet de l’ACE, tant sur les plans administratif que financier.

Ce retournement spectaculaire, vu par plusieurs analystes comme un revers cinglant pour la ministre Bazaiba, ravive une polémique ancienne mais non résolue autour de la gestion de l’ACE, déjà perçue comme un épicentre de tensions entre factions politiques rivales. D’après les affirmations répétées de Delphin Lama, sa suspension serait le fruit d’un « complot orchestré » par le Mouvement de libération du Congo (MLC), formation politique de la ministre d’État, visant à écarter l’influence de l’UDPS — parti présidentiel dont il se réclame ouvertement.

« Depuis ma nomination, je fais l’objet de manœuvres hostiles, de cabales internes, alimentées par des intérêts politiques bien identifiés », dénonçait-il déjà en début d’année dans une lettre confidentielle adressée au président Tshisekedi, citée dans Scoop RDC. À en croire ses propos, sa mise à l’écart n’avait rien d’un processus disciplinaire neutre, mais relevait plutôt d’une stratégie d’éviction visant à confisquer la direction de l’ACE à des fins de contrôle partisan.

D’après le contenu de la lettre d’Anthony Nkinzo, ce contexte politique tendu a motivé la décision de la présidence, qui dit vouloir éviter une paralysie prolongée de l’agence. Mais en donnant raison à Delphin Lama sans que les griefs de Bazaiba ne soient publiquement clarifiés, le pouvoir envoie un signal ambigu, perçu par certains comme un désaveu de l’autorité de la ministre.

Vu par les observateurs du secteur environnemental, cette instabilité au sein de l’ACE pose un problème plus grave encore : elle compromet la capacité de l’institution à exercer ses missions de contrôle et de régulation environnementale dans un pays où les écosystèmes sont en danger permanent. D’après plusieurs sources proches de l’agence, les querelles de leadership ont déjà entraîné des retards dans l’évaluation de projets environnementaux, ainsi que dans le suivi des engagements internationaux pris par la RDC en matière de climat et de biodiversité.

Selon des experts en gouvernance environnementale, cette crise met en lumière l’absence de garde-fous institutionnels capables de séparer la gestion technique des enjeux politiques. Pour une agence aussi stratégique que l’ACE, qui arbitre entre les impératifs de développement et les obligations de conservation, cette dérive est non seulement préoccupante, mais potentiellement catastrophique.

Vu du terrain, dans les provinces riches en forêts ou en minerais, cette cacophonie à Kinshasa nourrit la défiance et affaiblit la crédibilité de l’État. « Comment peut-on prétendre lutter contre la déforestation ou la pollution minière si la tête même de l’organe chargé du suivi est instable, contestée, et exposée à des règlements de comptes politiques ? », s’interroge un cadre environnemental en poste à Kisangani, sous couvert d’anonymat.

Si Delphin Lama ressort renforcé de cette confrontation — en bénéficiant du parapluie politique présidentiel —, cette victoire est loin d’être un blanc-seing. Le lancement d’un audit de l’IGF, sur instruction directe de la présidence, laisse entendre que le dernier mot n’a pas encore été dit. À en croire des sources internes à la présidence, cet audit devrait faire toute la lumière sur les accusations portées à son encontre… ou les infirmer définitivement.

D’après les déclarations de certains acteurs du secteur, la véritable question désormais est celle de la reconstruction d’une gouvernance environnementale digne de ce nom. Une gouvernance fondée sur la compétence, la transparence, et non sur l’allégeance politique.

Car au final, le prix de ces luttes d’appareil, c’est la forêt congolaise qui le paie. Et avec elle, les millions de Congolais qui en dépendent pour se nourrir, se chauffer, cultiver, respirer. Dans un pays qui abrite plus de 60 % de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, on ne peut se permettre que l’Agence censée défendre l’environnement soit réduite à un champ de bataille partisan.

En somme, si la réhabilitation de Delphin Lama sonne comme une victoire politique sur Eve Bazaiba, elle ne doit pas être interprétée comme un effacement des doutes ni comme un triomphe de la transparence. C’est désormais à l’IGF de livrer les faits. Et au pouvoir de prouver que la protection de l’environnement congolais ne sera plus jamais soumise aux humeurs des clans.

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *