« On a mis trois jours à évacuer les eaux usées de chez nous. Les enfants ne dorment plus, les rats ont envahi la cuisine. Et pendant ce temps-là, on apprend que le gouvernement donne des millions aux clubs de foot européens… pour qu’ils portent notre nom sur un t-shirt. Mais quel touriste va venir dans une ville sans poubelles ? » Nadine ILUNGA, 36 ans, mère de quatre enfants à Matete (Kinshasa), ne décolère pas. La République démocratique du Congo a signé des contrats de sponsoring dépassant 97 millions d’euros avec le FC Barcelone, l’AS Monaco et l’AC Milan. Des partenariats destinés à promouvoir l’image du pays sur des maillots d’échauffement et de réserve, alors que les grandes villes congolaises font face à une crise sanitaire et environnementale majeure.
Comme elle, des millions de Congolais vivent dans une insalubrité chronique a kinshasa, pendant que dans ce pays, des ministres et des passionnés signent à la chaîne des contrats de sponsoring valant des dizaines de millions d’euros, y compris avec des équipes en fin de carrière selon les critiques dans les medias de ce pays. Le dernier en date : plus de 40 millions d’euros versés au FC Barcelone pour inscrire « RDC, Cœur de l’Afrique » sur un maillot d’entraînement. Derrière ce slogan aux allures de carte postale, une réalité brutale : celle d’un pays qui préfère acheter une image au lieu de la construire.
Comment un gouvernement peut-il justifier de verser près de 100 millions d’euros à trois clubs européens – Barcelone, Milan, Monaco – alors que ses propres capitales provinciales n’ont même pas de système moderne de gestion des déchets ? C’est une fuite en avant, déguisée en ambition touristique.
Le président Félix Tshisekedi promettait lors de son investiture d’assainissement de toutes les villes de la RDC parmis ces trois priorite pour ce deuxieme mandat. Il parlait d’« un Congo propre », d’« une nation où il fait bon vivre pour tous ». Cinq ans plus tard, Kinshasa reste une capitale jonchée de plastique, où les égouts débordent à la moindre pluie, où les marchés croulent sous les ordures et où les rares visiteurs fuient dès leur arrivée. La vision écologique annoncée n’a jamais vu le jour. Pire : les moyens de la réaliser sont volontairement jetés dans les gradins d’un stade à Barcelone.
Peut-on sérieusement parler de promotion du tourisme dans un pays sans routes praticables ? À l’intérieur du pays, les dessertes agricoles sont hors service. Des villages riches en biodiversité sont inaccessibles. Des parcs nationaux comme la Salonga ou la Garamba manquent cruellement d’infrastructures. Les guides locaux n’ont aucun équipement, les centres d’accueil sont à l’abandon, la sécurité est inexistante. Et malgré tout cela, la RDC verse 11 millions d’euros par an pour quelques secondes de visibilité pendant l’échauffement de joueurs qui n’ont jamais mis les pieds au Congo.
C’est une aberration économique. Un sabotage du potentiel touristique national. Et surtout, un mépris total pour les réalités du territoire.

Selon un economiste congolais avec ces 97 millions d’euros, il aurait été possible a la RDC d’équiper 20 territoires moyennes avec 3 000 systèmes de gestion moderne des déchets, de réhabiliter plus de 1 500 kilomètres de routes menant aux sites écotouristiques majeurs, de créer des zones écologiques protégées avec des centres d’accueil dignes de ce nom dans huit parcs nationaux, de financer un plan national de recyclage des plastiques sur cinq ans, et de lancer des campagnes environnementales de grande ampleur, impliquant le secteur privé , artistes, enseignants, leaders locaux et ONG. En somme, bâtir une attractivité durable, fondée sur la nature, l’humain et le respect des engagements climatiques. C’est cette valeur-là — celle d’un pays qui se reconstruit — que les clubs européens pourraient être fiers de promouvoir. Pas celle d’un État qui distribue les millions pendant que sa population étouffe dans les déchets.
Quel message envoie-t-on aux bailleurs internationaux, aux agences de coopération, aux ONG environnementales, quand la RDC préfère signer des contrats de sponsoring plutôt que de financer ses propres engagements climatiques ? On sollicite des fonds pour protéger le bassin du Congo, investir dans le reboisement, préserver les tourbières, sauver les okapis, mais le peu de budget disponible part alimenter le business du football européen.
En février dernier, la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner interpellait Arsenal, le PSG et le Bayern Munich à propos de leurs contrats avec « Visit Rwanda », dénonçant un tourisme « entaché de sang ». Quelques mois plus tard, son propre gouvernement signe trois contrats de sponsoring en moins de trente jours pour un montant avoisinant les 100 millions d’euros. La seule différence, c’est que cette fois, c’est notre sang qu’on ignore : celui des femmes qui accouchent dans des maternités sans eau potable, des enfants qui grandissent sans arbres ni espaces verts, des jeunes qui meurent du choléra faute de système de collecte des ordures. « Ce n’est pas une politique touristique. C’est une escroquerie identitaire.» s’exclame KIZERBO un jeune cambiste de Mbandaka.
Il serait intellectuellement malhonnête de ne pas poser les vraies questions. Pourquoi ne pas avoir impliqué les communautés locales dans un projet de tourisme durable, plutôt que de remplir les caisses de clubs millionnaires qui ignoreront tout de la misère congolaise ? C’est maquiller la crise d’un pays derrière les projecteurs d’un stade espagnol. C’est acheter une dignité au lieu de la construire. C’est imposer une image artificielle, hors-sol, méprisante des réalités humaines, sociales et écologiques.

Pourquoi dépenser autant à l’étranger pour attirer des touristes qui ne pourront même pas visiter les parcs nationaux, faute de routes ? Pourquoi payer pour “vendre le pays” alors que personne n’a encore “acheté l’idée d’y venir” ? Pourquoi ne pas avoir investi ces fonds dans la rénovation des routes menant aux sites du patrimoine mondial comme le parc de la Garamba ou des Virunga ?
« On nous demande de croire au “Cœur de l’Afrique”, mais ici, on vit au cœur des ordures », souffle Aminata, 31 ans, vendeuse de légumes a Bibwa. Babunga KONGOLO l’un de passionner du football et grand fanatique de V.club une equipe popupaire de la RDC pense qu’il ne s’agit plus seulement d’un choix budgétaire contestable, mais d’un symbole glaçant : celui d’un pouvoir qui préfère projeter une illusion de grandeur à l’étranger plutôt que de faire face à la déchéance à domicile. On ne reconstruit pas un pays à coups de logos sur des maillots d’entrainement. On le relève avec de l’eau potable pour sa population, des routes pour les eleves des nos villages, des arbres planter, des écoles, des hôpitaux. Le reste n’est que poudre aux yeux. certains observateurs s’indigne de voir que à force de vouloir séduire l’extérieur, le gouvernement à travers son ministere de sport et loisir et tourisme a oublié son propre peuple. Mais aucun t-shirt, même floqué “Cœur de l’Afrique”, ne pourra dissimuler l’odeur persistante des égouts à ciel ouvert.
Par kilalopress