Nord-Kivu : le canal de ruissellement progresse à Kasindi

À Kasindi, dans le secteur de Ruwenzori (territoire de Beni, Nord-Kivu), les travaux du grand canal collecteur des eaux de ruissellement se poursuivent sur l’axe Mambura–Kamirongo afin de drainer les eaux pluviales vers la rivière Lubiriha. Lancé le 13 septembre 2025, ce projet vise à réduire durablement les inondations récurrentes et leurs impacts environnementaux et sanitaires dans plusieurs quartiers de la cité frontalière.

D’après nos recoupements sur le terrain, ce chantier dépasse largement une simple opération de voirie. Il s’inscrit dans une tentative de reconfiguration urbaine d’une zone stratégique du secteur de Ruwenzori, dans le territoire de Beni, où la croissance démographique et l’intensification des activités économiques ont longtemps devancé les infrastructures d’assainissement. Les quartiers Congo ya Sika, Muvingi, Mwangaza ou encore Vuthalevekwa portent encore les stigmates de cette vulnérabilité : maisons fissurées, parcelles abandonnées, routes rendues impraticables par l’érosion et les eaux stagnantes.

La mise en œuvre du projet est assurée par l’entreprise Regroupement des Techniciens en Matière de Construction (RTMC SARL). Selon des acteurs du secteur, l’ouvrage doit non seulement drainer les eaux pluviales, mais aussi reconnecter durablement Kamirongo et Vuthalevekwa au reste de la cité, longtemps isolés lors des fortes pluies. Pour maintenir la circulation et accélérer le rythme du chantier, une déviation provisoire a été aménagée du côté du quartier Mwangaza, signe d’une tentative d’anticipation des perturbations urbaines souvent associées à ce type de travaux.

Le mercredi 7 janvier 2026, l’avancement du chantier a pris une dimension symbolique particulière. Dans l’après-midi, le Mwami Kasereka Wavene Clovis, chef du groupement Basongora, a procédé à des rituels coutumiers destinés à accompagner, sur les plans spirituel et social, l’aboutissement de cette infrastructure. À en croire plusieurs notables locaux, ce geste visait autant à apaiser les inquiétudes qu’à renforcer l’appropriation communautaire d’un projet dont l’impact dépasse le seul cadre technique. « Ces travaux ont été lancés pour le bien-être de toute la population. Il est important que chacun apporte son soutien afin qu’ils aboutissent dans de bonnes conditions », a-t-il déclaré devant la presse, insistant sur les enjeux de respect des normes d’urbanisme, de protection de l’environnement et de lutte contre les maladies liées aux eaux stagnantes.

Sur le terrain, la société civile forces vives, sous noyau du groupement Basongora, observe l’évolution du chantier avec un optimisme prudent. Elle salue notamment le recours à la main-d’œuvre locale par l’entreprise exécutante, une option qui, selon des observateurs, contribue à atténuer le chômage des jeunes tout en renforçant l’adhésion sociale autour du projet. Un cadre de cette structure rappelle que les inondations avaient, par le passé, contraint certaines familles à abandonner leurs habitations. « C’était un besoin réel, maintes fois exprimé par les défenseurs des droits humains (…) Aujourd’hui, c’est un véritable ouf de soulagement de voir ces travaux avancer à pas de géant », confie-t-il, tout en remerciant les autorités de l’état de siège et les acteurs ayant porté ce plaidoyer.

Au-delà de l’enthousiasme immédiat, plusieurs analyses soulignent les enjeux à moyen et long terme. La réussite du kifereji dépendra autant de la qualité de l’exécution que de la capacité des autorités locales à assurer l’entretien de l’ouvrage et à encadrer l’urbanisation future. Dans un contexte de changements climatiques marqués par des pluies plus intenses et imprévisibles, cet investissement apparaît comme une réponse structurelle à un risque environnemental croissant, à condition qu’il s’inscrive dans une vision globale de gestion des eaux et des sols.

Selon les autorités techniques, le coût global du projet est estimé à 2 millions 423 mille dollars américains, pour une durée d’exécution de six mois. Les travaux ont été officiellement lancés le 13 septembre dernier par le gouverneur militaire du Nord-Kivu, qui avait également annoncé la réhabilitation de plusieurs rues et avenues de la cité frontalière, notamment Eva Somo, Kisokolo et Mambura. Il est par ailleurs prévu la construction d’une seconde route principale reliant Lubiriha à Kasindi, au-delà de la Route nationale numéro 4 (RN4), afin de réduire les embouteillages sur un axe devenu fortement congestionné.

À Kasindi, l’eau, longtemps perçue comme une menace, pourrait ainsi devenir un levier de réorganisation urbaine. Reste à savoir si les promesses techniques et institutionnelles sauront résister à l’épreuve du temps, de l’entretien et de la pression démographique. Pour les habitants, l’espoir est là : celui de voir, enfin, les pluies cesser d’être synonymes de pertes et de déplacements forcés, et devenir un phénomène maîtrisé dans une ville qui cherche encore son équilibre entre développement et résilience environnementale.

Par kilalopress

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