Kinshasa, le 06 janvier 2026 – Une délégation du Cadre de Concertation de la Société Civile de Muanda a été reçue le 06 janvier 2026 à Kinshasa par la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, pour lui soumettre un cahier de charges de dix recommandations liées à l’énergie et à la sécurité pétrolière. Les échanges ont notamment porté sur l’électrification de Muanda, le stationnement des camions citernes et la relance attendue des activités de la SOCIR.
Conduite par Me Willy ILOMA, la représentation du Cadre de Concertation de la Société Civile (CCSC) du territoire de Muanda a été reçue par la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia BANDUBOLA MBONGO. Derrière le protocole, l’enjeu était éminemment concret : sécurité, énergie, gouvernance locale et avenir d’un territoire côtier stratégiquement exposé aux risques industriels et environnementaux.
Selon des sources proches de la rencontre, les échanges ont été structurés autour d’un cahier de charge transmis à la ministre, comprenant dix recommandations formulées par les organisations de la société civile de Muanda. Un document qui, à en croire certains observateurs, cherche moins l’affrontement que la clarification des responsabilités de l’État dans un territoire où l’exploitation et le transport des hydrocarbures façonnent le quotidien des populations depuis des décennies.
Au nom de la délégation, Me Willy ILEMA a d’abord salué une décision récente du ministère : le retrait à la commission chargée de gestion de fonds mis à la disposition du Territoire de Muanda (CGFM) de la gestion de dix millions de dollars américains destinés à l’électrification de la zone. Une enveloppe sensible, tant l’accès à l’électricité demeure un marqueur central des inégalités territoriales dans le Kongo Central. D’après nos recoupements, cette décision est perçue localement comme une tentative de remettre de l’ordre dans un mécanisme financier jugé opaque par une partie de la société civile.
Mais très vite, la discussion s’est déplacée vers une préoccupation plus immédiate, presque quotidienne pour les habitants de Muanda : la présence de camions citernes transportant du carburant, stationnés à travers la cité dans des zones non prévues à cet effet. Me Willy ILEMA a exprimé publiquement cette inquiétude, en des termes sans équivoque :
« ce dernier temps, nous avons observé les stationnements de plusieurs véhicules citernes transportant du carburant dans des endroits non appropriés à travers les avenues de la cité de Muanda avec tous les risques possibles. Le cadre de concertation de la société civile exige une réglementation dans ce domaine avant que le pire n’arrive. Aussi, la population de Muanda attend avec impatience la réouverture ou le redémarrage de raffinage des bruts par la SOCIR aux arrêts depuis plusieurs années ».
Derrière cette alerte, se dessine une réalité territoriale bien connue des acteurs locaux : une cité côtière densément habitée, traversée par des flux de produits inflammables, sans cadre de régulation visible, ni dispositifs de prévention clairement identifiés. À en croire certaines analyses, l’accumulation de ces risques industriels, combinée à la proximité des habitations et à la fragilité des infrastructures urbaines, expose Muanda à des scénarios d’accidents majeurs dont l’impact dépasserait largement les limites de la commune.
La question de la SOCIR, à l’arrêt depuis plusieurs années, s’est également invitée dans les échanges. Symbole d’un potentiel industriel en sommeil, la raffinerie incarne pour de nombreux habitants l’espoir d’un redémarrage économique, mais aussi la crainte d’une reprise non maîtrisée, sans garanties environnementales suffisantes. Les attentes exprimées par la société civile traduisent ainsi une ambivalence : relancer l’activité, oui, mais dans un cadre sécurisé, transparent et compatible avec la protection du territoire.

Face à ces interpellations, la Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures, Acacia BANDUBOLA MBONGO, a rappelé la ligne politique du pouvoir exécutif. Selon ses propos, la vision du Président de la République, Félix Antoine TSHISEKEDI, vise prioritairement l’élévation du niveau social de l’homme congolais, un objectif que le gouvernement conduit par la Première Ministre Judith SUMINWA aurait placé au cœur de son action. Une orientation qui, d’après des acteurs du secteur, reste toutefois tributaire de sa traduction concrète sur le terrain, notamment dans des zones comme Muanda où les promesses nationales se heurtent à des contraintes locales persistantes.
Il convient de rappeler que, lors d’une réunion présidée par la Ministre d’État aux Hydrocarbures en décembre 2025, la commission chargée de gestion de fonds mis à la disposition du Territoire de Muanda (CGFM) avait officiellement passé la main à l’entreprise ANSER pour le projet d’électrification. Un transfert de responsabilité qui marque une étape administrative, mais dont les effets réels sur la vie des ménages restent, à ce stade, attendus.
Au-delà de l’audience elle-même, cette rencontre révèle une dynamique plus large : celle d’une société civile locale qui tente de se repositionner comme interlocuteur légitime sur les questions énergétiques et industrielles, dans un territoire où l’exploitation des hydrocarbures a longtemps été pensée sans véritable dialogue avec les communautés. Les implications à moyen et long terme dépendront moins des déclarations que de la capacité des institutions à encadrer les activités à risque, à sécuriser les investissements publics et à intégrer les préoccupations environnementales dans les choix énergétiques.
À Muanda, où la mer, les installations pétrolières et les quartiers populaires se côtoient parfois dangereusement, l’enjeu dépasse la simple gestion administrative. Il touche à la sécurité collective, à la crédibilité de l’État et à la possibilité, pour les populations locales, de bénéficier enfin d’un développement énergétique qui ne se fasse plus à leurs dépens.
Par kilalopress