À Muanda, sur l’axe Forabola Lunianga jusqu’au campement YANA dans le groupement Tshikayi, la route menant au principal bassin agricole s’est fortement dégradée au cours des deux dernières décennies faute de maintenance. Selon des témoignages de paysans rapportés par le média source, cette situation entrave l’évacuation des productions vers les centres de consommation et affecte les revenus des ménages ruraux.
À Muanda, territoire côtier de la province du Kongo Central, la terre continue de produire. Manioc, maïs, arachide et légumes y poussent avec régularité, portés par un savoir-faire paysan transmis de génération en génération. Pourtant, entre les champs et les marchés, un obstacle persistant fragilise toute la chaîne agricole : l’état des routes de desserte. Sur l’axe Forabola–Lunianga jusqu’au campement YANA, dans le groupement Tshikayi, la route principale menant vers ce que les habitants décrivent comme le « grenier agricole » de la zone s’est progressivement détériorée au cours des deux dernières décennies. Selon des témoignages recueillis sur place, cette dégradation s’explique par l’absence prolongée d’une politique de maintenance structurée. Les nids-de-poule se sont mués en crevasses, les tronçons autrefois praticables sont devenus difficilement accessibles, surtout en saison des pluies, lorsque les sols argileux se transforment en bourbiers.
Dans un territoire où l’agriculture familiale constitue l’un des principaux leviers économiques, l’état des infrastructures routières ne relève pas d’un simple inconfort logistique. Il conditionne directement l’accès aux marchés, la circulation des denrées et, en définitive, la stabilité des revenus des ménages. Les paysans rencontrés expliquent qu’ils peinent à évacuer leur production vers les centres de consommation. Certains affirment que des cargaisons entières se détériorent faute de transport à temps, tandis que d’autres disent avoir réduit leurs surfaces cultivées, anticipant les difficultés d’écoulement.
Au fil des échanges, un constat s’impose : la dégradation de cet axe routier ne freine pas seulement la mobilité, elle pèse sur l’économie locale et accentue la vulnérabilité sociale. Les coûts de transport augmentent, les intermédiaires imposent des prix plus bas au producteur, et la marge bénéficiaire se rétrécit. Dans une zone où les alternatives d’emploi sont limitées, cette contraction des revenus agricoles affecte l’accès à la scolarité, aux soins de santé et aux intrants agricoles.
Au-delà des contraintes physiques liées à la route, les paysans évoquent également des tensions avec certains agents de l’ordre basés dans la zone. Selon les participants, des abus et des excès de pouvoir seraient régulièrement dénoncés. Ils affirment que des différends qui relevaient autrefois des chefs de campements ou des autorités villageoises seraient désormais traités par ces agents, lesquels fixeraient les amendes « à hauteur de leurs yeux », selon l’expression employée localement. Ces pratiques, si elles sont avérées, soulèvent des interrogations sur la gouvernance locale et la répartition des compétences en matière de régulation communautaire.
Dans les villages traversés, plusieurs interlocuteurs disent ressentir un affaiblissement progressif des mécanismes traditionnels de médiation. La gestion coutumière des conflits, longtemps considérée comme un pilier de cohésion sociale, semblerait perdre du terrain face à des interventions perçues comme plus coercitives. Cette évolution, combinée aux difficultés économiques liées à l’enclavement, nourrit un sentiment de fragilité institutionnelle.
La situation observée sur l’axe Forabola–Lunianga–campement YANA illustre une réalité plus large en République démocratique du Congo : sans routes entretenues, la promesse du développement rural demeure inachevée. Les politiques agricoles, aussi ambitieuses soient-elles sur le papier, se heurtent aux contraintes très concrètes de l’accessibilité. À Muanda, les champs continuent de produire, mais l’absence d’infrastructures viables et les tensions signalées autour de l’exercice de l’autorité locale posent la question de la durabilité d’un modèle économique reposant presque exclusivement sur l’effort paysan. En l’absence de réponses structurelles, la route reste à la fois un symbole et un verrou : symbole d’un potentiel agricole réel, et verrou d’un développement rural qui peine à franchir l’étape décisive de la mise en marché.
Par kilalopress