Selon l’arrêté provincial LEZ/CAB/GP-MMA-2026 signé le 20 février 2026, le gouverneur du Maniema a nommé Aruna Sefu Josué ambassadeur itinérant chargé des investissements et partenariats à Kindu. Cette décision vise à renforcer la mobilisation de partenaires autour des priorités environnementales, climatiques, agricoles et de conservation de la province du Maniema.
Selon l’arrêté provincial n° LEZ/CAB/GP-MMA-2026, le gouverneur Moïse Mussa Kabwankubi a nommé Aruna Sefu Josué ambassadeur itinérant en charge des investissements et des partenariats, une fonction transversale appelée à s’exercer tant sur l’ensemble du territoire national qu’à l’international.La décision s’inscrit dans un empilement juridique classique mais révélateur des priorités affichées par l’exécutif provincial. L’arrêté invoque la Constitution révisée de République démocratique du Congo, les lois encadrant la libre administration des provinces, le partenariat public-privé et, de manière plus significative pour un territoire forestier, la loi de 2014 relative à la conservation de la nature. À ces fondements s’ajoutent les ordonnances et arrêtés organisant le gouvernement provincial, ainsi que la motion d’approbation de son programme, adoptée en juillet 2024 par l’assemblée provinciale.

Dans ce cadre, les missions confiées au nouvel ambassadeur itinérant couvrent un spectre large : promotion de l’attractivité économique du Maniema, identification et facilitation d’opportunités d’investissement, négociation de partenariats nationaux et internationaux, représentation de la province lors d’événements et de rencontres à portée économique, environnementale ou climatique. L’arrêté précise que ces activités devront faire l’objet de rapports réguliers à l’autorité de tutelle et que leurs coûts seront pris en charge par le budget provincial après validation en Conseil des ministres.
Au-delà de la mécanique administrative, la nomination intervient à un moment précis du calendrier politique et environnemental provincial. Elle se déploie dans le sillage de la Première Conférence sur l’Agriculture, l’Environnement, le Tourisme et l’Eau pour le développement durable du Maniema, programmée à Kindu, sur le site UNIKI – Lwama II, du 8 au 10 avril 2026. Présentée comme un espace de diagnostic et de projection, cette rencontre entend poser les bases d’un dialogue structuré entre autorités, investisseurs et partenaires techniques autour des secteurs jugés prioritaires pour la province.
Le Maniema arrive à ce rendez-vous avec un capital naturel que peu de provinces congolaises peuvent revendiquer. Créée en 1988 après le démembrement de l’ex-Kivu, la province compte près de 5,49 millions d’habitants répartis entre une ville, sept territoires et une mosaïque de chefferies et de villages. Près de 8 millions d’hectares, soit environ les deux tiers de son territoire, sont couverts de forêts primaires humides, incluant des zones de tourbières et des espaces à haute valeur de conservation. Ces paysages abritent des espèces emblématiques telles que le bonobo, l’okapi ou le paon congolais, ainsi que des primates récemment décrits comme le lesula et le likweli.

Ce patrimoine écologique, souvent évoqué comme un levier potentiel pour l’écotourisme et les crédits carbone, est cependant soumis à des pressions croissantes. Selon les données compilées dans les documents préparatoires de la conférence, le Maniema aurait perdu environ 36 % de ses forêts primaires humides entre 2002 et 2024, sous l’effet combiné de l’agriculture itinérante sur brûlis, de l’exploitation non durable du bois, de l’urbanisation et des activités minières. La pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire renforcent cette dépendance aux ressources forestières, accentuant la fragilité des écosystèmes.
Sur le plan hydrologique, la province bénéficie d’un réseau dense structuré par le fleuve Congo et ses affluents, offrant des perspectives pour l’agriculture irriguée, l’accès à l’eau potable et l’énergie. Mais là encore, les infrastructures restent limitées, tant en milieu urbain que rural. Autrefois considéré comme un grenier agricole, le Maniema a vu décliner ses cultures industrielles historiques – coton, café, palmier à huile, hévéa – tandis que la production vivrière demeure majoritairement orientée vers l’autoconsommation. Les femmes et les jeunes, bien que très présents dans l’agriculture et le petit commerce, peinent à accéder aux financements, aux formations et aux chaînes de valeur structurées.
C’est dans ce contexte de post-conflit et de vulnérabilité climatique que les autorités provinciales revendiquent une refondation du modèle de développement, alignée sur les Objectifs de développement durable et les engagements climatiques internationaux. Les termes de référence de la conférence font explicitement écho à l’Appel de Belém, adopté lors de la COP30, qui insiste sur la protection des forêts tropicales, la préservation de la biodiversité et la reconnaissance du rôle des communautés locales et des peuples autochtones.

Les objectifs assignés à la rencontre de Kindu sont ambitieux : établir un état des lieux sectoriel selon l’approche FFOM, formuler des recommandations prioritaires, définir les axes d’un Plan d’actions opérationnel climato-compatible et élaborer des notes conceptuelles destinées à mobiliser des financements, notamment via les crédits carbone et les paiements pour services environnementaux, à l’image de l’expérience menée dans la province de Maï-Ndombe. Il s’agit également de promouvoir l’écotourisme, la foresterie communautaire et une agriculture durable articulée autour de l’agriculture industrielle pérenne, des cultures vivrières, de l’élevage et de la pisciculture, tout en renforçant l’accès à l’eau potable.
Dans cet échiquier, le rôle confié à Aruna Sefu Josué apparaît comme celui d’un trait d’union. Contacté par la rédaction, l’intéressé a indiqué vouloir « commencer par une collaboration avec les acteurs pour défendre l’image de la province en matière de changement climatique, d’environnement, d’agroécologie, de conservation de la biodiversité et de tourisme ». Il précise que le gouvernement provincial lui a donné mandat de rechercher, à l’échelle internationale, des partenaires capables de soutenir cette vision, tout en se positionnant, selon ses termes, « dans la société civile », afin de développer des partenariats stratégiques et non conventionnels au service de la cause environnementale. La portée réelle de cette nomination se mesurera à l’aune des actes : capacité à transformer des diagnostics en investissements concrets, à concilier attractivité économique et exigences de conservation, et à inscrire le Maniema dans des réseaux de coopération crédibles. Dans une province où l’abondance des ressources naturelles contraste avec la faiblesse des infrastructures et des services de base, l’enjeu dépasse la simple représentation. Il touche à la manière dont un territoire forestier peut négocier sa place dans les dynamiques climatiques globales, sans sacrifier ni ses écosystèmes ni les communautés qui en dépendent.
Par kilalopress