Maï-Ndombe : les communautés marginalisées confrontées à la vente controversée des crédits carbone, le ministre des Finances Doudou Fwamba dans le viseur

Depuis 2018, le Maï-Ndombe est devenu un laboratoire mondial du marché carbone, mais les populations locales et la société civile compétente sont restées largement en marge des décisions stratégiques. Le dernier document de la Banque mondiale sur l’Option de Vente du programme de réduction des émissions de carbone, révélé récemment, confirme les inquiétudes historiques des communautés et des analystes climatiques.

Le programme, fondé sur les Contrats d’Achat des Réductions d’Émission (ERPA), prévoit la vente de 11 millions de tonnes de CO₂ évitées sur 2019-2024. Durant la première période, 5,56 millions de tonnes ont été générées, dont 70 % déjà vendues à la Banque mondiale pour 19,47 millions de dollars. Les 30 % restants – soit 1,67 million de tonnes de crédits excédentaires – pourraient désormais être commercialisés sur le marché carbone international, mais sous la stricte supervision de la Banque mondiale.

Pour les acteurs du domaine, cette opération n’est pas seulement un enjeu financier : elle révèle un déséquilibre de pouvoir manifeste, où l’État congolais, au lieu de protéger ses intérêts stratégiques et les droits des communautés, se limite à un rôle de fournisseur encadré par des mécanismes extérieurs. La Banque mondiale, tout en se présentant comme facilitateur, demeure juge et partie, certifiant les volumes et orientant la négociation des prix.

Screenshot

Sur le terrain, le Caucus Environnement Mai-Ndombe, dirigé par le député Séverin Bamany Mobely, dénonce ces pratiques et plaide pour une meilleure valorisation des actifs carbone provinciaux. Selon le caucus, le prix appliqué (5 USD par tonne) ne reflète pas la valeur réelle des crédits générés entre 2019 et 2020. Les élus appellent à une révision immédiate des négociations pour la période 2021–2022, afin que la province tire un bénéfice réel de ses réserves stratégiques pour la séquestration du carbone.

Les critiques sont cinglantes : les communautés qui protègent les forêts sont ignorées, les parlementaires restent en position de rattrapage, et l’approche financière prime sur la justice sociale et climatique. Le contrat engage également la RDC auprès de CAF-I et du FCPF, mais les mécanismes de redistribution des bénéfices et de suivi citoyen restent opaques.

Les analystes climatiques rappellent que le Maï-Ndombe n’est pas qu’un chiffre sur un marché international. C’est une province riche en biodiversité, peuplée d’hommes et de femmes qui vivent de la forêt et la préservent malgré la pauvreté et la pression économique. Ignorer leur rôle dans la gouvernance du carbone revient à confisquer la valeur de leur travail au profit d’intérêts extérieurs et de quelques acteurs institutionnels.

Aujourd’hui, le Ministre des Finances est directement interpellé et mis en accusation. Le Caucus exige une séance de travail préparatoire pour sécuriser durablement les actifs carbone et garantir un prix juste pour le pays et les communautés locales. Si l’État congolais persiste dans une logique de transaction opaque, il risque non seulement de mépriser les efforts des communautés, mais aussi de compromettre sa crédibilité internationale en matière de lutte contre le changement climatique.

Le message est clair et sans équivoque : le Maï-Ndombe n’acceptera plus d’être un simple fournisseur de crédits carbone, et les communautés, soutenues par les parlementaires et les analystes climatiques, exigeront justice et transparence. La question qui se pose aujourd’hui est lourde de conséquences : le gouvernement écoutera-t-il enfin ceux qui défendent la forêt et l’intérêt du pays, ou continuera-t-il à privilégier les marchés et les partenaires extérieurs au détriment des populations locales ?

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *