À Izinéro, dans le groupement de Luhihi, en territoire de Kabare, l’eau ne disparaît pas : elle change de visage. Elle cesse de couler aux bornes fontaines pour réapparaître, trouble et stagnante, dans des creux de terre à ciel ouvert où habitants et enfants viennent désormais s’approvisionner.
Depuis près de trois semaines, selon plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, l’accès à l’eau potable est fortement perturbé. Les infrastructures ne répondent plus. Les robinets sont à sec. En réaction, une partie de la population se tourne vers des sources non aménagées, localement appelées « Bizola ». Ce sont des points d’eau improvisés, souvent boueux, sans protection ni traitement, utilisés pour les besoins quotidiens : lessive, cuisson, et parfois même consommation.
Sur le terrain, les images parlent d’elles-mêmes : des enfants descendent dans ces eaux chargées de sédiments, bidons à la main, pour puiser ce qui reste disponible. Une réalité visible, mais qui, à elle seule, ne suffit pas à mesurer toute l’ampleur de la situation.
L’alerte est portée avec insistance par la société civile locale. Son président, Didier Ciza Bayongwa, évoque une conduite d’eau endommagée à la suite d’un raccordement frauduleux, sur un réseau qui traverserait plusieurs sous-villes. Il avance également une pression accrue liée à la croissance de la population, attribuée à l’exploitation artisanale de l’or dans la zone de Luhihi, et dénonce les limites du comité de gestion à assurer l’entretien du système. À ce stade, ces éléments restent à corroborer par des sources techniques ou institutionnelles, aucune communication officielle n’ayant encore été rendue publique.
Ce qui est certain, en revanche, c’est le basculement progressif vers des pratiques à risque. L’usage d’une eau non traitée est généralement associé, selon les standards de santé publique, à une augmentation des maladies hydriques comme le choléra ou la dysenterie. Pourtant, aucun bilan sanitaire récent ne permet, pour l’instant, d’établir une évolution précise de ces pathologies dans la zone. Entre perception du risque et réalité épidémiologique, un flou persiste.
Dans ce contexte, le centre de santé d’Izinéro, mentionné par les acteurs locaux comme étant affecté, pourrait devenir un indicateur clé. Encore faut-il que des données y soient collectées, analysées et rendues accessibles.
Au-delà de l’urgence apparente, la situation de Luhihi pose une question plus profonde : celle de la résilience des infrastructures face aux mutations rapides du territoire. Si le lien entre pression démographique et dégradation du réseau est avancé, il reste à documenter. Combien d’habitants supplémentaires ? Quelle capacité initiale du système ? Quels moyens de maintenance réellement disponibles ? Sans ces éléments, la crise reste difficile à cerner dans toute sa complexité.
En attendant ces réponses, une réalité s’impose : l’accès à l’eau potable, service de base par excellence, n’est plus garanti. Et lorsque ce service vacille, ce sont des arbitrages invisibles qui s’installent dans les ménages — entre distance à parcourir, qualité de l’eau et risques encourus. À Luhihi, l’eau est toujours là. Mais elle n’offre plus les mêmes garanties. Et dans cette incertitude, c’est tout un équilibre quotidien qui se fragilise, loin des discours, au plus près des usages.
Par kilalopress